Géronimots

mardi 6 janvier 2015

UNE INTERVIEW SUBLIMINALE DE JEFF




Stimulé par nos questions incisives, voici ce que nous déclarait notre ami Jeff, lors d’une rencontre furtive entre chien et loup sur la piazzetta de Beaubourg.

-     Alors, Jeff, ça boume ? Content de ton expo à Pompidou ?
-     J’aime qu’on regarde mon œuvre.
-   Certains experts voient en toi le plus grand artiste depuis Michel-Ange. Pour d’autres, tu n’arriverais même pas à la cheville d'un Mickey Mouse, tu serais, comment dire, nul de chez nul ...
-     Je n’ai pas mérité cet excès d’honneur, ni cette indignité.
-    Aux yeux de tes zélotes, ton œuvre, c'est le mot qu'ils emploient,  au-delà du lisse et du pimpant dont elle fait montre, serait dérangeante, perturbante, provocante …
-   Tu peux ajouter coruscante, puissante, bandante …
-  Tu fais allusion à la mise en images de tes coïts avec ton ex-épouse et ex-porn star, la Cicciolina?
-    La turgescence emplit mon univers.
-    Tu dirais que tu es plutôt gonflé, ou plutôt gonflant ?
-     Je suis le New Bibendoom.
-    Le fait est que ça roule pour toi. 58,4 millions de $ pour ton gros Balloon Dog orange, le chien le plus cher du monde.
- Tous les chiens ... tous les biens de ce monde ont pour moi peu d’appas. Je me fous du marché, c'est le public qui m’intéresse.
-   Est-ce que, Jeff, tu te fous, comme Piaf, du passé ?
-  Au contraire! Je l’achète, je le collectionne, je dors avec. J’ai dans ma chambre du Courbet, du Memling, du Poussin, du Picasso, du Boucher, du Magritte, du Manet, du Fragonard, du …
-     … Et tu n’as pas peur de …
-     … Non, pourquoi ?
-   Et l’avenir, Jeff, l’avenir ? D’aucuns prétendent que, même en inox 1er choix, tes gros bestiaux c’est no future, rongés d’une rouille immatérielle  
-     C’est la jalousie, eux, qui les ronge.
-   Après le Homard, le Lapin, le Dauphin, le Chien, verrons-nous d’autres bêtes d’une élégance fabuleuse circuler dans ta ménagerie ?
-    Rien de ce qui est animal ne m’est étranger.
-  Selon quelques mal pensants, tu poses tout sourire devant tes produits pour leur garantir un public, au cas où celui-ci les déserterait.
-    S’il n’en reste qu’un, je serai celui-là.
-    A quoi aspires-tu, maintenant, Jeff ?
-    Hoover !
-    Edgar ?
-     Non, les aspirateurs.
-   Ceux qu’à tes débuts tu mettais dans des vitrines éclairées au néant, au, pardon, néon ?
-   Si ma cote tombait à zéro, j’ai un contrat béton avec Hoover, comme Clooney avec Nespresso. J’ai de beaux costumes, je présente bien, je pourrai les représenter.
-    Tes Hoover, qu’aspiraient-ils ?
-   J’ai d’abord aspiré, aspiré … et puis je gonfle, je gonfle. Mon esthétique est  pneumatique.
-    Mais, concrètement, tu ne fais rien de tes dix doigts. Ton atelier est une usine où oeuvrent ou plutôt ouvragent pour toi une centaine de petites mains dont tu es le contremaître.
-    Et l’inspirateur !!! J’inspire, j’aspire, je suce, je gonfle je gonfle je gonfle je gonfle … je … je… je… Je… JeJe Je Je Je
        
 … Et soudain, au top de cette litanie expansive, ce fut une explosion, mais silencieuse, et à même le pavé pompidolien il ne resta, de Jeff, rien, sauf son sourire cheese voué à se voir bientôt écrabouillé, comme une tartinette, sous les talons distraits des passants de la piazzetta.
                                                                          

               

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