Géronimots

samedi 24 janvier 2015

"IL A BLASPHÉMÉ ! "

                                                   

Ce monsieur tout de vert vêtu par Giotto, et déchirant théâtralement sa robe, c'est le Grand Prêtre Caïphe après qu'il s'est écrié, horrifié : "Il a blasphémé !", à propos du pauvre Jésus qui dans le roman évangélique (version Matthieu 26. 63-67), à ce même Caïphe lui demandant s'il était "le Christ, le Fils de Dieu", vient hardiment de répondre "Tu l'as dit" , et va le payer de sa vie - mais c'était, nous dit-on, dans un dessein eschatologique. Car, à suivre la légende chrétienne, le premier grand blasphémateur depuis quelque 2000 ans, ce serait soi-même le bon Jésus, revendiquant cet exorbitant statut de "Fils de Dieu", on ne peut plus hérétique pour la religion juive. Un Jésus qui est lui-même juif, quand les dessinateurs assassinés de Charlie, représentant l'irreprésentable Mahomet, et le caricaturant, n'étant pas musulmans ne pouvaient, de leur point de vue, blasphémer. Mais le fait est que le musulman moyen, standard, basique, si hostile soit-il au terrorisme, n'en est pas moins blessé, lui, par ces caricatures. Certes, le "blasphème", encore heureux, chez nous n'est pas un délit, mais un droit qui aujourd'hui, suite à l'abominable tuerie du 7, tendrait presque à devenir un devoir sacré aux yeux de la doxa charliste. La liberté d'expression, pourtant, ne devrait pas empêcher de mettre en balance le principe de plaisir  : blasphémons-nous les uns les autres, et celui de réalité : quel  rapport de force? quel risque à courir et faire courir? ; ou encore (Max Weber) l'éthique de conviction et l'éthique de responsabilité. Rien de plus drôle, si l'on veut, que le sous-titre de Charlie : "Journal irresponsable", et rien de plus dangereux. Depuis les caricatures néerlandaises de 2005, reproduites par Charlie, le dessin qui tue (qui tue le dessinateur) c'est celui qui dessine le "Prophète" - quelque peu divinisé par les musulmans d'aujourd'hui -, et donc devient un piège, éventuellement mortel. C'est pain bénit pour le tueur islamiste quand le dessinateur lui offre sur un plateau, précédant sa propre tête, une énième caricature du "Prophète". On peut espérer que la cause sera enfin entendue, et que les plus mordantes caricatures, issues du crayon des survivants, sauront éluder le visage de l'homme invisible qui est au ressort de l'islam et - jusqu'à preuve du contraire -, de l'islamisme?


















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