Géronimots

samedi 3 janvier 2015

L'AFFICHE

Certains candidats aux élections maîtrisent mal l'art et la manière de l'affiche électorale : tel celui-ci (dont nous tairons le patronyme) qui lors d'une campagne déjà ancienne (dont nous tairons le millésime), dans le cadre d'une modeste bourgade auvergnate (dont nous tairons le toponyme), ne trouva pas mieux que de placarder sur les panneaux officiels, sur les murs, sur les platanes du chemin vicinal (dont nous tairons le numéro), cette photo de lui grand format, sans s'être avisé qu'il y faisait montre d'un regard absent, lointain, a priori peu engageant pour l'électeur, et  que sa barbe abondante, sa longue chevelure embroussaillée lui donnaient un genre beatnik, hippieou SDF. On ne sera pas étonné d'apprendre que ce candidat, si maladroit pour sa promotion, fit un score absolument dérisoire, approchant les 0%. Fort peu connu, du reste, de ses électeurs putatifs, il semble que suite à son fiasco électoral l'homme ait disparu de la circulation. Mais, chose étrange, longtemps après ces événements, on aurait pu trouver sur le territoire communal et jusqu'au chef-lieu de canton, et même au-delà, des individus qui s'étant procuré l'une des vieilles affiches, souvent à moitié décollées, battant au vent, en partie déchirées, et pâlissantes, la considéraient longtemps, le soir, devant l'âtre, ou la tiraient plusieurs fois par jour de leur poche, où ils l'avaient soigneusement pliée, et sous un arbre ou en plein champ ils s'abîmaient dans une contemplation comme si, de cette image, ils cherchaient le secret, tout en soupçonnant qu'il leur resterait hors d'atteinte, et ils finissaient par jeter l'image, de plus en plus abîmée, qu'un peu plus tard un laboureur, un pastoureau, un chemineau ramasserait peut-être, pour entrer à son tour dans la même obsédante interrogation.