Géronimots

lundi 19 janvier 2015

LE GISANT

                                     

                                             
Wolinski, on le sait, aimait les femmes, ses dessins n'avaient de cesse de leur rendre les hommages les plus inspirés : il était donc juste et naturel que même post mortem elles eussent moyen de répondre à cette dévotion dont le crayon de  l'artiste avait fait, de leur corps charmant, le troublant objet. A cette fin, si légitime, la République reconnaissante a déjà mis en place au cimetière du Monparnasse, sur la tombe du grand dessinateur assassiné, son superbe gisant  de bronze, et déjà ses amantes posthumes viennent  se recueillir sur sa tombe. Ainsi cette dame, qui lasse  d'errer de kiosque en kiosque dans l'espérance d'y trouver un introuvable Charlie, aura été la première, au dire des paparazzi présents sur le site, à rallier le lieu d'un pèlerinage qui, fût-il non-mixte, pourrait battre les records établis par la tombe d'un Jim Morrison au cimetière du Père-Lachaise. On saura gré à notre aimable pionnière d'avoir su exprimer sa ferveur sans se départir entièrement de la pudeur qui sied à son sexe ; et l'on notera l'élégance aristocratique, un rien désuète, du chapeau haut de forme, chu du chef du publiciste, assez solidement scellé sur sa tombe pour servir, si besoin, de cale-pied à ses amoureuses, et de réceptacle utile à l'accueil des fleurs, billets doux, petits billets de 5 ou 10 euros, non pour rémunérer l'étreinte, mais pour aider à vivre Charlie ... s'il ne se fait pas hara-kiri faute d'abjurer son dogme, même gravé dans le marbre, de la très sainte irresponsabilité.















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