Géronimots

mercredi 28 janvier 2015

GOMORRA

                                     

 Nul besoin d’être atteint de proustofolie furieuse pour reconnaître,  vue par ses yeux écarquillés, la fameuse scène où vicieusement embusqué derrière un talus le jeune Marcel se repaît des tendres ébats de cette demoiselle et de sa bonne amie, affublée d’une perruque blonde, qui ont oublié, comme par hasard, de fermer les volets de l'amoureuse alcôve … Mais voici que la brunette, attaquée avec fougue par la blondasse, vient de tourner la tête, ayant repéré le voyeur, et elle s’interroge sur la suite des opérations : les deux amantes vont-elles chasser le vilain qui les épie ? Vont-elles, au contraire, stimulées par cette intrusion, redoubler d’ardeur et de ferveur ? Ou bien, plus vicieuses que le pauvre pervers, qui vient de mettre à jour son membre chétif pour se l’astiquer en douce, nos deux amazones iront-elles jusqu'à se ruer sur le souffreteux petit jeune homme pour le traîner tout palpitant sur le canapé de crylor où le plier à leurs désirs ? Songeant déjà à faire de lui leur domestique, leur boy, vêtu d'une livrée dont rituellement il sera invité à se défaire,  de sorte à se retrouver tout nu à la réserve de son gilet à rayures jaunes, qui permettra à ses deux maîtresses de jouir, en esthètes, et du rapport des lignes et du contraste des couleurs par le fait des traînées rouges qui lui zèbreront les fesses quand, au motif d’une cruche cassée ou d’un rôti mal cuit, il lui en cuira sous les coups de cravache dont elles fouailleront à tour de rôle leur soumis, avant de le chasser, un jour, lasses de sa présence, lasses même de sa sujétion, et dégoûtées de le découvrir inapte si d’aventure, lui intimant de les prendre selon ce que veut la nature, d’abord la brune, ou la blonde, histoire de se changer les idées et de ne pas  mourir idiotes, il ne sait que baisser piteusement la tête en bredouillant un presque inaudible non possumus.