Géronimots

jeudi 12 février 2015

POST MORTEM

Ces deux conjoints, même post mortem, se font la tête! Madame, qui sur ce cruel document nous fait face, semble décidée à n'en jamais finir de remâcher les  vieux griefs (frustration sexuelle, niveau de vie médiocre, routine, ennui, nous devinons, même, que si elle pouvait elle s'arracherait, de rage, son collier déjà tout distordu) ; quant à monsieur, il n'aura pas hésité un instant à froidement tourner le dos à la compagne de sa vie, préférant appuyer son pariétal contre la paroi, à croire que, de désespoir, il voudrait s'y fracasser le crâne. Et ce ne sont pas les jolis coquillages qu'une bienveillante main, et par trop candide, aura cru bon de déposer à leurs pieds, comme pour rappeler les jeux de l'enfance, ou donner au décor un aspect plus riant, qui suffiraient à conjurer le spleen définitif qui s'est abattu. On aurait presque envie de leur faire lecture, à tous les deux, non pas des vaines prières prétendument adaptées à leur état, mais de la sublime page finale de ce roman gothique du père Hugo, rachetant à elle seule tout le fatras narratif qui précède, où le mystique Quasimodo, amoureux éperdu de sa belle, descend en secret dans le peu avenant charnier de Montfaucon, pour y étreindre  Esméralda, qui le jour même a été pendue ... : et ainsi trouvera-t-on les deux corps, deux ans après, devenus deux squelettes, l'un embrassant l'autre, et "quand on voulut le détacher du squelette qu'il embrassait, il tomba en poussière".












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