Géronimots

mardi 24 février 2015

LE DRAP

Sommairement vêtu d'un drap jeté à la diable sur l'épaule et noué sur la hanche, ce brave homme s'en allait, tel un émule du Candide de Voltaire, cultiver son jardin - ou s'amuser à creuser sa tombe? -, quand nous le vîmes alpagué par cette dame dodue, qu'il voudrait repousser d'une main, mais la main de l'assaillante, pas découragée pour si peu, vogue vers l'objet de son désir ... : et nous frémissons à la pensée qu'il lui suffirait de tirer d'un coup sec sur le linge qui vêt le pauvre homme pour que celui-ci, tel, à Gethsémani, certain jouvenceau des Saintes Écritures (Marc 14.51), lui aussi vaguement vêtu d'un drap, n'ait d'autre issue que de s'enfuir "tout nu", probablement poursuivi par la bonne femme, à moins que métonymiquement elle ne se résigne à se contenter du drap, le ramenant à la maison, s'enfermant avec lui dans sa chambre, s'enveloppant dans ses plis, y trouvant, même, la volupté la plus vive, à moins qu'en chemin elle ne se voie disputer cette pièce par d'autres femmes qui, Dieu sait pourquoi, l'auront elles aussi jugée unique et, faute de l'avoir tout entière, sont d'ores et déjà disposées, se ruant dessus, à lui arracher un morceau, un lambeau, espérant trouver leur bonheur dans ce vestige, soit qu'elles se le nouent en un turban ou, plus petit, qu'elles s'en fassent un mouchoir (au risque d'avoir sans cesse le nez qui coule), ou, un peu plus grand, une serviette de table, voire même - et pourquoi pas? - une serviette hygiénique comme si leur sang intimement se mélangeait à celui de l'homme, ce dernier serait-il encore à galoper tout nu dans la campagne, sans plus savoir qui il est ni ou il va ni rien. 


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