Géronimots

mardi 10 février 2015

MISERERE

                                                                     

Cet homme est amer, qui aura voulu profiter des soldes pour, cassant sa tire-lire, s'offrir un beau foulard blanc, et n'a pas osé le nouer autour de son cou, ravagé qu'il est, maintenant, par la conscience du contraste entre cet ornement presque mondain et la misère de ses nippes, issues des entrepôts d'Emmaüs ou du Secours populaire ...  Ou bien serait-ce que le piquet qui se dresse dans son dos faisait armature à l'épouvantail qu'au printemps dernier il avait mis en place, et revêtu de ces mêmes vieux habits qu'il vient de lui reprendre, pour endurer l'hiver, après avoir passé l'été et les débuts de l'automne en caleçon sous l'unique pommier de son malingre jardinet, à mordre sans joie dans des reinettes aigrelettes, ridées, crevassées comme son front, tout en griffonnant sur un vieux cahier d'écolier des phrases rageuses, hachées par les hampes des points d'exclamations (!) et les rafales de ces trois points (...) qui sur ses écritures tombent comme à Gravelotte,  tout comme, à la fin de la saison, tombaient sur lui, sans qu'il essayât de s'en parer, les petites pommes desséchées ou en partie pourries, dont il eût peut-être souhaité que, tombant, elles multipliassent, assez pour avoir de quoi lui composer un tumulus, comme un antique roitelet, à la base duquel ne dépasseraient plus que ses godasses, si vilaines, si amochées que les chemineaux qui longent, quelquefois, le grillage, ne voudraient pas les avoir aux pieds.

























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