Géronimots

mercredi 11 février 2015

DÉLIVRANCE




Les jeunes lisent de moins en moins. "Lire, un plaisir de vieux?", s'interrogeait récemment l'Express : et pour cause, si l'on en croit la grande enquête qui vient tout juste de sortir : Lire ou ne pas lire? (Éditions Scientix, 451 pages, 28 euros), menée sous la double égide de l'Institut de Supersociologie Inter-Âges (ISIA) et de l'Académie de Néomédecine (ANM), aboutissant à cette conclusion sans appel : "La lecture vieillit le lecteur." C'est ainsi que les "grands lecteurs" (1 à 2 livres par an) font jusqu'à vingt ans de plus que leur âge, à trente ans on pourrait leur en donner cinquante à force de rides et de cheveux gris. Les "lecteurs moyens" (1 livre tous les trois ans) ne sont pas épargnés qui, à tout âge, paraissent "sensiblement plus vieux" que les "petits lecteurs" (1 livre par décennie), a fortiori que les "non-lecteurs" (aucun livre, jamais). D'où la recommandation formulée par l'ISIA et l'ANM, soucieux de préserver la santé physique et mentale de nos concitoyens, d'aller "prudemment mais fermement" vers l'extinction des livres. Les enquêteurs saluent le remarquable "progrès sémantique" que représente "la substitution de l'appellation moderne de "médiathèque" à celle, obsolète et délétère, de "bibliothèque". De même ces experts encouragent-ils la généralisation du concept de "document", qui leur paraît de nature à promouvoir l'effacement du mot "livre". Et s'il est vrai que "du mot à la chose il n'y a qu'un pas", comme l'écrit le professeur Fahrenheit, maître d'oeuvre de l'enquête, c'est avec un optimisme raisonné qu'il énonce, au bas de la page 451, le mot de la fin : "Délivrons-nous !











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