Géronimots

lundi 16 mars 2015

LE NOEUD

Au dire même des autorités, il devient risqué de sortir aux heures tant matutinales que crépusculaires, comme  en témoigne ce document où cette robuste matrone vient de se jeter sur un pauvre bougre, va-nu-pieds,  SDF ou  Juif errant qui pour toutes richesses dispose d'une pelle de jardinier (se proposant, sans doute, pour de menus travaux d'horticulture?), et pour vêture d'un drap lamentable, retenu par le renflement d'un gros noeud que la bonne femme, comme au manège un enfant la queue de Mickey, vient de réussir à crocher! Le malheureux n'a pu retenir un geste de recul, impropre, hélas, à décourager une assaillante convaincue qu'en cinq sec elle aura raison d'un noeud qui, en vérité, pourrait se révéler aussi retors que celui que trancha Alexandre, faute d'avoir su en débrouiller les réseaux : et, n'ayant d'autre arme que ses doigts, si industrieux soient-ils, la pauvre femme n'aura pas fini de les perdre dans un entrelacs que ses vains efforts ne feront qu'emmêler davantage, et peut-être, même, à force d'être travaillé, ouvragé par ces doigts inlassables, le fatal noeud ira-t-il enflant, grossissant, s'épanouissant, sans que l'homme se départe d'une admirable patience, et comme pour éterniser la scène le soleil s'est arrêté, dirait-on, derrière sa tête, ainsi quand Josué s'écrie : "Soleil, arrête-toi sur Gabaôn!", et la lumière transparaissant suffit tout juste à produire, comme un faible projecteur de théâtre, le clair-obscur qui en tamise les contours.










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