Géronimots

mercredi 18 mars 2015

LA ROBE

La crise frappe durement, même les catégories sociales favorisées. Ainsi cette jeune femme qui ne monte des marches que pour mieux afficher les douloureux prodromes de sa décadence : même plus de quoi s'acheter des dessous! Une robe seyante, sans doute, mais qu'en sera-t-il de son rétrécissement, déjà bien engagé, quand elle sera en haut des marches, et nue peut-être sauf les fines bretelles ne supportant plus qu'un résiduel bandeau horizontal noir, n'aura d'autre issue, désespérée, que de se jeter dans ce même escalier vertigineux pour en dévaler les degrés, à l'instar du plus célèbre landau du 7ème art dégringolant l'escalier monumental d'Odessa ... A moins qu'elle n'eût, avant de se lancer, promptement ouvert son ombrelle qui s'élargissant, s'agrandissant, comme pour la dédommager de sa robe, soudain l'enlèvera et voguant, dérivant au gré des courants éoliens, voyez-la qui sous le chapeau de ce champignon majestueux, dont elle est le plaisant pédoncule, offre aux passants, tout petits tout en bas, qui agitent leurs chapeaux pour saluer son envol, le spectacle de sa nudité, rehaussée par le noir apparat heureusement sauvegardé de son sac, ses bas, ses escarpins, et voici qu'une spirale ascensionnelle l'emporte, et montant, montant toujours elle est toujours plus petite, plus petite sous son ombrelle, et tout là-haut la nue l'aura bientôt dérobée à notre vue.


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