
C’est donc au cœur de Rome, au prix d’un travail de titan,
qu’une forte équipe archéologique internationale vient enfin de mettre à jour ce
majestueux monument, en lequel le chef de la mission, le dottore Leopardi, a déclaré qu’il n’était « pas possible de ne
pas voir la représentation gigantoforme (sic) d’un sexe féminin ». Et le dottore de développer, dans cette optique, maintes savantes considérations, dont il appert que,
« vaginal et vulvaire », l’immense monument, à peu près aussi
considérable que le bien connu Coliseum,
serait en réalité un temple, bien antérieur, malgré le niveau avancé de son
architecture, à ceux consacrés aux « bonnes vieilles divinités »
importées et transposées du panthéon grec, « dont nous avons un peu ras la
casquette » (re-sic). Le cérémonial, selon Leopardi, était des
plus simples : toute la population mâle, pourvu que pubère, était invitée
à date fixe par le « crieur public » ( ?) à prendre place sur
les gradins, d’où plonger ses yeux sur la piste ou le plancher ovale,
« tel un trou noir dont ces dizaines de milliers de messieurs, devenus
autant de scrutateurs, étaient en charge de sonder les profondeurs imaginaires,
quitte à se perdre dans les excès de cette contemplation. » Même, nous
déclarait le péremptoire Leopardi, « il n’est pas exclu
que cette civilisation pour ainsi dire gynécoscopique
ait sombré par suite de cette hypnose, de cette sidération ». Et de nous
représenter tous les mâles à ce point abîmés dans le « regard
mystique », que leurs femmes de chair ne leur étaient plus de rien, ils ne
les approchaient plus, ne leur adressant pour toute parole qu’un seul et unique
mot : Monumentum, et ils allaient au Monument, ils n’en bougeaient plus, elles séchaient sur pied,
ou s'éloignaient de la cité pré-romaine pour gagner des lieux moins adonnés au
mysticisme de leur sexe. Leopardi, aux dernières nouvelles, ne décollerait plus
des gradins supérieurs du Monument, sourd aux supplications fût-ce des plus jolies, des plus
sexy archéologues de son équipe qui, pour sa part, ne décolère plus et se
dispose à quitter le site, en laissant à son chef jadis révéré des réserves de
vivres, tout en doutant qu’il songe, pris dans une autre songerie, à y toucher
jamais.