Géronimots

vendredi 19 décembre 2014

AVIS DE RECHERCHE



  
Les plus fins limiers de la PJ parisienne sont à la recherche de cet homme qui pose ici dans un jardin public, affectant le genre souffreteux et prenant des airs de penseur à la Rodin pour donner le change sur sa vraie nature de pervers de la pire espèce. S’il s’emmitoufle dans cet ample manteau noir, qui n’est pas sans lui donner l’allure sévère d’un précepteur ou d’un clergyman, c’est pour mieux en écarter les pans quand il voit venir à lui une innocente proie : collégienne naïve, jeune fille en fleurs, adolescent rêveur, et lui imposer sans échappatoire la vision frontale de ce que dérobait sa houppelande, et qui n’est pas la nudité de son corps déjà usé, laquelle serait sans doute un moindre mal, eu égard à l’horreur de ce qu’il leur montre sous la forme et l’aspect d’un effarant ramas de papiers entrecollés lui composant, des épaules aux chevilles, une bruissante couche épithéliale où le dépravé aura trouvé sa deuxième ou, plutôt, sa véritable vêture. Selon les dépositions des nombreuses victimes, terriblement choquées, hagardes, tressautantes et tremblantes, au point que la Faculté doute de leur résilience, toutes ces feuilles de papier, qui semblent n’en faire qu’une, seraient entièrement recouvertes d’une écriture échevelée dont le déséquilibré voulait leur imposer la pernicieuse et vicieuse lecture : telle une bête gluante, le mot immonde de  Gomorrhe  aurait littéralement sauté au visage virginal de maintes demoiselles, tout comme, à la face boutonneuse de nos malheureux collégiens, l’abomination de celui de Sodome La PJ fait appel à tout témoignage concernant le triste sire qui en plein jour, en public, au cœur de la capitale, viole l’innocence de nos enfants avec la satanique noirceur de ses mots, constellant son habit de papier déjà jauni telles les feuilles, inoffensives et poétiques, dont à l’automne nos jardins sont tapissés.