Le
fameux Victor Hugo vient de me convier au réveillon du nouvel an en sa demeure de
Hauteville House à Guernesey ! Comment ne serais-je pas flatté de partager
le pain et le sel et maintes bonnes choses avec le Grand Proscrit? N'empêche,
je ne suis pas trop rassuré, non que je redoute, encore que, de le voir se
lever et, un peu pompette, monter sur la grande table pour déclamer à ses commensaux les deux ou trois cents alexandrins jaillis à l’instant de son cerveau poétique
surdimensionné et continûment sous-pression, car il y a pire : je sais que le
grand homme se targue de manger, non seulement les oranges avec leur peau, mais
le homard avec sa carapace, alors ne va-t-il pas, m'avisant qui me fais tout petit
à mon coin de table, me défier de l'imiter dans cet exploit ? A moins que cette
fois ça ne lui soit fatal, la carapace ne passe pas, et voici notre Victor
national et mondial qui soudain se dresse, apoplectique, pourpre, cramoisi, et
d'un coup il a roulé sous la table, mais qui sait si ce n’est pas un tour de
magie de son invention, qui sait si soulevant timidement la grande nappe nous n’allons pas le retrouver …
homard !!! Rouge énorme homard, homard si monstrueux qu'il est aussi grand, aussi
large que la lourde table sur laquelle nous
allons, oh hisse, le monter et le déposer, et déjà nos solides pinces et autres longues fourchettes se fichent dans la cuirasse, comme d'un reître du moyen-âge, et dans la grande salle à manger gothique de Hauteville House,
aux lourds fauteuils armoriés d’un H, l'on n'entend plus que les bruits pour ainsi dire
telluriques du craquement et du soulèvement, sous l'action conjuguée de nos
instruments, sur quoi nous pesons de toutes nos forces, de l'énorme manteau
pourpre, suivis de ceux de la manducation de la chair, blanchâtre et
savoureuse, de ce mets fabuleux que nous ingérons non sans béatitude et dont
nous escomptons qu'il aura de quoi nous communiquer un quelque chose du génie
épique et poétique que le glorieux auteur avait reçu en partage, de quoi nous
mettre à l'œuvre dès demain, autour de la grande table débarrassée des reliefs, mordillant
le bout de nos plumes et les faisant courir sur la prometteuse page qui s'offre à nous en
ce premier jour de l'an nouveau.
mercredi 31 décembre 2014
ECCE HOMARD
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
mardi 30 décembre 2014
LA DS DU GÉNÉRAL
J'ai décidé de m'acheter une DS 19, d'occase, évidemment. Il
paraît que c'était la voiture officielle de ce vieux Président, très grand,
dans les deux mètres, comment faisait-il pour s'y enfourner, mystère, surtout qu'en sa qualité de Général il était astreint au port du képi règlementaire, dont le fond devait toucher le plafond du véhicule ... J'aurais bien aimé être son chauffeur, au Général, slalomant au volant
de la DS sur les routes de montagne, avec le vieux dans mon dos, qui tripote son révolver. Souvent, dit-on, il baissait la vitre pour
faire des cartons, pas sur les gens, ni sur les bêtes, mais sur des morceaux de
tôle et ça faisait bling-bling, non, je confonds avec un autre Président, un petit, tout petit, plus tard. Mais ça m'aurait plu de monter des cols, toujours plus haut, avec
cette belle auto à suspension hydropneumatique, fût-ce dans le brouillard et jusque dans
les nuages, même qu'atteignant le col on décollerait pour naviguer, non pas sur un volcan, comme le char de l'État, mais sur la mer de nuages, comme dans de
la barbe à papa et à un moment on y enfoncerait pour, désormais, continuer la
croisière en glissant sans bruit au sein de cette moelleuse blancheur où la DS,
va savoir pourquoi, tendrait à se dissoudre, et pareil le vieux, ou alors il
est tombé dans les blanches épaisseurs où, désormais, comme Diogène cherchant
un homme, je le rechercherai, mais sans aucune lanterne à la main, tâtonnant dans la nue
et ne rencontrant rien sauf, peut-être, deux étoiles qui brillent et c'est le
képi du vieux, que je coifferai pour arpenter en cet appareil les vaporeuses
immensités comme si j'étais le gardien de ce domaine surnaturel.
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
lundi 29 décembre 2014
L'AMPÈRE ÉTERNEL
RDV aujourd'hui sur le site
Vents Contraires (ventscontraires.net)
la revue collaborative du Théâtre du Rond-Point
(Jacques Géraud Vents Contraires)
Libellés :
l'Ampère
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
dimanche 28 décembre 2014
BLOODY MAMA
Dans l'idée de se payer du bon temps l'espace d'une nuit, assez mouvementée pour faire une encoche dans sa mémoire, cette brave dame a vidé sa tire-lire pour s'offrir, dans une agence ad hoc, les services d'un lot choisi de jeunes gens des deux sexes. Spéculant, qui plus est, sur l’opulence de ses appas, elle escomptait un meilleur succès que la reine Phèdre avec son chaste beau-fils, Hippolyte, et à l’instar d’une Jennifer Coolidge ou d’une Pamela Anderson, se voyait à l'orée de l'honorable statut de MILF, Mother I’d Like to Fuck ... Or voici que la partie dont elle se faisait
une joie semble des plus compromises, si nous en croyons l'attitude de ses partenaires
putatifs, assez insoucieux de son abondante personne pour lui avoir tout bonnement tourné le dos et, hilares, n’adresser leurs regards qu’à la rue où nul doute que circulent, dans la nuit chaude, de bien plus fabuleuses bêtes de sexe. Même, trahissant le contrat qui les lie avec la cougar
déconfite, qu'ils aient déjà pris langue avec quelque
autre petit groupe aussi festif, aussi lascif, et c’en sera fini des vagues espérances que la bonne dame nourrit peut-être encore en son sein romantique. Que ces jeunes gens toutefois prennent garde qu’entre
gloss, mascara, lubrifiants et sex-toys, elle n’ait pas fourré dans son sac un calibre, Astra, Beretta ou Glock, pour soudainement les braquer, et de l’étoile, cible idéale, qui luit dans le
dos de nos jeunots exubérants et paillards, il va gicler un sang
vermeil, de quoi redonner des couleurs, penchée au-dessus des pauvres corps,
avant que les cops ne l’embarquent, à notre Bloody Mama.
Libellés :
Cougar
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
samedi 27 décembre 2014
LA SÉANCE
Nombre de nos
lecteurs auront à coup sûr déjà identifié, sur ce document unique enfin extrait des archives de l'Université de Harvard, laquelle l'avait acheté à prix d'or à un collectionneur qatari, le célèbre cabinet du regretté docteur Lacan, conservé en l’état et dont le précieux divan est d’autant plus la pièce
majeure qu’il règne sans partage en ce lieu sobre et même nu, latéralement
éclairé par la lumière du jour. Ne manque que le fauteuil où trônait le Maître
du temps qu’il laissait venir à lui la foule de ses patients pour ces fameuses
séances de, tout au plus, deux à trois minutes. Certains, et non des moindres,
de ces anciens du 5 rue de Lille, la prestigieuse adresse où officiait le Maître, nous ont même évoqué de si fulgurantes séances qu’à peine allongés
ils se retrouvaient debout, non que le Maître, sommeillant au creux de son
fauteuil sombre, le leur eût expressément intimé, mais sans doute était-ce son
divan, à nul autre pareil, qui avait cette vertu d’instantanéité,
d’autant plus utile que dans le couloir donnant sur le
cabinet il n’était pas rare que dussent stationner, debout, à la queue le leu, des dizaines et des dizaines de patients, qui savaient qu’ils auraient à se ruer et pour ainsi dire à plonger sur le
divan de sorte à s’y recevoir sur le dos, avec suffisamment de vivacité pour obtenir de la réaction mécanique des vieux ressorts, de plus en plus fatigués,
l’adjuvant nécessaire à leur rebond immédiat et à leur retour à la
verticale, préludant à leur sortie elle-même concomitante à l’entrée en lice, en
principe non moins prompte, plongeante et retournante, du patient suivant. Le
Maître, ajoutent-ils, prisait fort la bonne effectuation de cette gymnastique sui generis, objet d’un entraînement assidu des patients, chez eux, entre
deux séances, pour s’éviter la honte de la rater, et l’éviction peut-être
définitive qui s'ensuivrait, quand au contraire l’on était à peu près sûr qu’une bonne séquence, synonyme d’une bonne séance : Propulsion-Plongeon-Retournement-Réception-Rebond
(codifiée dans la formule cabalistique "PP3R") vous
vaudrait, non pas l’acquiescement enthousiaste du Maître, mais ne fût-ce qu'un vague hochement de tête, ou du moins un battement de paupières, un reniflement, un raclement de gorge, bref, tout ce par quoi, si faiblement
que ce fût, il se serait extrait un instant de sa léthargie. Certes, nous avouent non sans fierté quelques
uns de ces vétérans encore en vie, la réitération quotidienne ou
quasi-quotidienne, parfois pluri-quotidienne, de la PP3R durant un nombre
d’années indéterminé voire incalculable, ne pouvait se faire sans séquelles, et le fait est que dans tout Saint-Germain-des-Prés et au-delà, jusqu’au boulevard du Montparnasse, on reconnaissait les anciens du
5 rue de Lille à un je ne sais quoi dans la démarche, comme si, même déjà
âgés, usés comme les ressorts du divan du 5, ils avaient à faire effort pour
réfréner en leur vénérable carcasse le réveil inopinée d’une PP3R latente, sans toujours
y parvenir, et la chronique du VIème arrondissement a gardé la mémoire de tel ou tel septuagénaire ou octogénaire semblant soudain s’envoler, tel un personnage de
Chagall, rue de Seine, de Buci ou de l’Ancienne Comédie, juste avant de se
retrouver gisant sur le pavé puis sur le brancard qui le conduit aux urgences
où ne l’aura mené que celle, irrépressible, de reproduire hic et nunc la
glorieuse séquence du 5 rue de Lille.
Libellés :
Lacan
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
vendredi 26 décembre 2014
SARTRIRICON & CO
![]() |
André Martins de Barros Le philosophe |
SARTRIRICON Compendium des fadaises, fariboles, sornettes et autres balivernes épanchées de la bouche oraculaire ou de la plume profuse du plus fameux penseur français depuis René Descartes.
La maison Gallimard informe ses fidèles lecteurs que la nouvelle édition amplifiée du Sartriricon prendra place dans la Bibliothèque de la Pléiade, dont le papier bible n'a pas été jugé indigne d'accueillir, sur quelque 1200 pages, la somme la plus complète à ce jour des plus désopilantes perles du philosophe germaopratin.
&&&&&&&&&&&&
HEILDEGGER Philosophe sensible aux doctrines du IIIème Reich.
La thèse fait grand bruit outre-Rhin, éloquemment soutenue dans la Süddeutsche Zeitung par le mystérieux collectif AYM (peut-être, dit-on, pour Angry Young Men), selon laquelle l'illustre professeur de l'Université de Freiburg, prophète du Dasein et bon Berger de l'Être, s'il chantonnait doucement, obsessionnellement, cent fois par jour, My heart belongs to DADDY (sa voix montant dans les aigus sur ce mot-clé, se faisant déchirante et quelquefois lui tirant des larmes), c'était un langage secret, codé, paradoxal, puisque anglo-américain, et d'autant plus indéchiffrable, par où il se signifiait à lui-même son allégeance et appartenance au Führer.
Libellés :
Heildegger,
Sartre
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
jeudi 25 décembre 2014
FAMILY LIFE
Cette image est un piège, où semblent s'afficher la douceur, la tendresse, l'harmonie intrafamiliale et intergénérationnelle, et s'épancher le lait de la tendresse humaine, quand il y aurait lieu de s'alarmer du jeu rien moins qu'innocent des mains de la jeune femme brune, la mère des deux enfants, qui pourrait bien se disposer, dans un instant, dès que nous aurons tourné la tête, à littéralement ... dévisser celle chenue de la pauvre aïeule, sa propre mère! Quant aux deux délicieux bambins, leur rôle, établi à l'avance, voire répété en coulisses, ne serait-il pas de faire diversion par les expressions outrées de leur empathie? Et la pauvre vieille mama de tomber dans le panneau, charmée par les gestes, les sourires, éclairant déjà son visage las d'un bon regard, lequel, toutefois, aurait lui aussi de quoi nourrir le soupçon, car est-elle tout à fait dupe? Qui nous dit, même, consciente de l'atout, non de son âge, mais de son imposante masse, qu'ayant déjà pris appui de sa dextre sur le plateau de la table elle ne s'apprête pas à secouer, tel un catcheur usé mais encore solide, tel un Mickey Rourke dans The Wrestler, cette grappe humaine emphatiquement affectueuse qui s'est abattue sur sa personne supposée sans défense? Et il pourrait s'ensuivre un combat furieux et douteux, dont nous laisserons à notre lecteur le soin de se peindre les péripéties et de supputer l'issue, même d'en faire l'objet d'un pari au sein de son propre cercle de famille, quelle qu'en soit la configuration, mais qu'il n'aille pas se plaindre, après ça, si entre les divers éléments de cette entité ça menace de tourner mal.
Libellés :
Family
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
mercredi 24 décembre 2014
AGGIORNAMENTO

Le pape François serait sur le point de frapper encore un grand coup, si nous en croyons cette image-choc du Calendrier Pontifical 2015, que nous sommes en mesure de dévoiler à nos fidèles lecteurs. Agenouillées derrière les hublots d'un aéronef - métaphore un peu trop appuyée peut-être de l'envol céleste -, les quatre jeunes personnes que voici étaient abîmées en prière quand le photographe du Saint Siège les shoota, leur laissant tout juste le temps de former sur leurs lèvres aimables, qui ânonnaient les Pater noster qui es in caelis et autres Ave Maria plena gratia, le plus gracieux sourire. "Catholique" signifiant, comme on sait, "universel", l'échantillonnage que nous offre cette "une" du calendrier papal va de la Caucasienne à l'Africaine, en passant par la Latino, ne manque que l'Asiatique, ce sera pour une autre fois. Leurs curieuses coiffes, assorties à leurs vêtures respectives, dont on goûtera le jeu des des couleurs, figurent à l'évidence cette longue paire d'oreilles, mobiles, frétillantes, qui ne seront pas de trop pour capter avec profit la voix divine si elle consent à s'énoncer tout là-haut. Quant à ce curieux et floconneux appendice qui protubère au bas du dos de nos quatre modèles - modèles artistiques, modèles de piété -, sa blancheur ne saurait que suggérer la pureté de l'âme, tout en procurant le coussin bien rebondi qui en cas de turbulences atmosphériques ou stratosphériques, ou de renversante vision béatifique, sera des plus utiles à la sauvegarde de leurs délicates anatomies lors d'une méchante chute sur le plancher du véhicule aérien. Les timidités des précédents successeurs de Pierre ne sont décidément plus de saison, avec ce calendrier - encore n'en voyons-nous pas les douze pages intérieures! - qui augure que la refondation de l'Église de Rome ne sera pas remise, une fois de plus, et si la Curie ne freine pas des quatre fers, aux calendes grecques.
Libellés :
Vaticancan
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
mardi 23 décembre 2014
LE CLUB DES CINQ

Libellés :
Capillikulture,
Staline & Cie
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
lundi 22 décembre 2014
MONUMENTUM
Libellés :
Gynécoscope
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
dimanche 21 décembre 2014
ASTHMOSPHÈRE
ASTHMOSPHÈRE n.f. couche d'air délétère.
L'asthmosphère de Prague ne valait
rien à ce pauvre Franz. Vingt fois par jour, cent fois par nuit il était au
bord de l'étouffement. Il ne rêvait que de partir pour l'Italie, de se dorer
tout nu au soleil sur les plages, non sans redouter que l'astre n'eût tôt fait
d'embraser son long corps maigre qui, confiait-il à son ami Max Brod, lui semblait, quelquefois, d'un matériau comparable au carton … Et il ne
resterait rien de sa dégingandée carcasse, rien de rien sinon peut-être la lettre
K en quoi, par un étrange prodige, elle se fût résoute, et si bien expansée que d'un bout à l'autre de
la plage le K immense, inaltérable, reposant sur le sable blanc, gris ou noir, offrirait sa substance inconnue à l'effort des chimistes qui, à désespérément vouloir l'analyser, y perdraient leur latin,
leur grec, et toute leur faible science.
Libellés :
K
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
samedi 20 décembre 2014
POTATOY ou PATATOY
NÉOFRITE n.m. Belge débutant.
************************
************************
POTATOY ou PATATOY n.m. Jouet sexuel en forme de pomme de terre.
Longtemps je ne pus
comprendre ce que faisait dans le tiroir de la table de nuit de maman, enfoui
sous un fatras de périodiques féminins : Les Dames de France,
Le Jardin des Modes, La Parisienne Libérée, un objet offrant toute l'apparence d'un banal spécimen de Solanum Tuberosum, l'excellent tubercule introduit sous nos latitudes par Antoine
Parmentier. Mais il ne germait pas, n’évoluait pas, je n’osais le toucher,
je refermais le tiroir en douceur, pour ne pas ébruiter ma présence, jusqu’à tant qu'un jour, irrité de ce profond mystère, je vinsse à le claquer violemment, et j’allais
m’éclipser en toute hâte quand je fus frappé dans le dos, comme par un
projectile, par une sorte de grésillement, ou de bourdonnement, et soudain je
sus que c’était la chose inconnue qui venait de se mettre en marche, ébranlée par le claquement du tiroir ! Je voulais m’enfuir et j’étais cloué au sol, il me
semblait que le bruit était de plus en plus fort et qu’il venait, non pas du
tiroir, mais de ... moi, comme si j’avais un moteur à l’intérieur de ma personne,
comme si le potatoy ou le patatoy de maman (je ne
connus le mot que bien plus tard) était en moi, maintenant, vibrant,
grésillant, bourdonnant tellement fort que tout le monde allait l'entendre, toute
la maisonnée, mon père, maman, la bonne, et infailliblement guidés par le bruit
ils allaient se ruer dans la chambre, se jeter sur moi, me secouer comme un
prunier à dessein de faire sortir de moi le bruit alors même que, me disais-je,
épouvanté, issu de ce moteur qui était à l’intérieur de moi il - le Bruit ! - faisait
peut-être partie de ma personne, maintenant, et m’était consubstantiel et si je
ne l’avais plus ce serait ne plus être, si on me l’arrachait c’était comme si
on m’enlevait le cœur, et mou comme une chiffe je tomberais sur le lit, sur la couche où
dormait maman, plus silencieux, plus inerte qu'un gisant.
Marcel Proust A l’ombre du fruit des jeunes gens
(Addenda à Proustissimots Éditions Champ Vallon 2013)
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
vendredi 19 décembre 2014
AVIS DE RECHERCHE
Les plus fins limiers de la PJ parisienne sont à la recherche de cet homme qui pose ici dans un jardin public, affectant le genre souffreteux et prenant des airs de penseur à la Rodin pour donner le change sur sa vraie nature de pervers de la pire espèce. S’il s’emmitoufle dans cet ample manteau noir, qui n’est pas sans lui donner l’allure sévère d’un précepteur ou d’un clergyman, c’est pour mieux en écarter les pans quand il voit venir à lui une innocente proie : collégienne naïve, jeune fille en fleurs, adolescent rêveur, et lui imposer sans échappatoire la vision frontale de ce que dérobait sa houppelande, et qui n’est pas la nudité de son corps déjà usé, laquelle serait sans doute un moindre mal, eu égard à l’horreur de ce qu’il leur montre sous la forme et l’aspect d’un effarant ramas de papiers entrecollés lui composant, des épaules aux chevilles, une bruissante couche épithéliale où le dépravé aura trouvé sa deuxième ou, plutôt, sa véritable vêture. Selon les dépositions des nombreuses victimes, terriblement choquées, hagardes, tressautantes et tremblantes, toutes ces feuilles de papier, qui semblent n’en faire qu’une, seraient entièrement recouvertes d’une écriture échevelée dont le déséquilibré voulait leur imposer la pernicieuse et vicieuse lecture : telle une bête gluante, le mot immonde de Gomorrhe aurait littéralement sauté au visage virginal de maintes demoiselles, tout comme, à la face boutonneuse de nos malheureux collégiens, l’abomination de celui de Sodome La PJ fait appel à tout témoignage concernant le triste sire qui en plein jour, en public, au cœur de la capitale, viole l’innocence de nos enfants avec la satanique noirceur de ses mots, constellant son habit de papier déjà jauni telles les feuilles, inoffensives et poétiques, dont à l’automne nos jardins sont tapissés.
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
jeudi 18 décembre 2014
NOLI ME TONGERE
NOLI ME TONGERE : Ne touche pas à mes tongs.
Un jour où Jésus lézardait à la plage, sur les riantes
rives du lac de Tibériade, entouré de ses disciples et de toute la petite
bande, l’une des femmes, qui n’était pas la moins jolie, fit soudainement mine
de plonger sur ces espadrilles minimalistes qui lui composaient, eu égard à la
douceur de la température, son seul attribut vestimentaire, à la réserve d'un bref chiffon blanc noué à la diable sur ses hanches. Affolé, sans doute, à l’idée
qu’elle allait les lui ôter, comme si son heure fût déjà venue de monter dans
le simple appareil sur le fameux portique, communément appelé
« croix », il énonça sur le ton le plus ferme ce Noli Me Tongere, promis à une fortune universelle, jusque même sur les grands panneaux publicitaires où l’on verrait, beaucoup
plus tard, des jeunes gens l’énoncer dans les phylactères pour clamer leur
attachement à leurs sandalettes.
*
* *
Un miracle peu connu de Jésus : il changea
l’eau en vain.
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
mercredi 17 décembre 2014
LINCEUL POUR L'ART CONTEMPORAIN
Le turbulent Paul McCarthy vient de frapper
un grand coup place Vendôme, à Paris, en déployant à même le pavé de ce temple
du luxe joailler son monumental Linceul pour l’Art Contemporain. MM.
Pinault et Arnaud ont déjà sorti le porte-monnaie pour tenter, l’un comme
l’autre, l’un contre l’autre, de se porter acquéreurs d’une œuvre qui a déjà
commencé de déchaîner les passions et de nourrir les spéculations, non
seulement financières, s’il est vrai que les deux milliardaires auraient déjà
fait des offres à hauteur de quelque 100 millions d’euros (soit un peu plus du
double du Balloon Dog orange de Jeff
Koons), mais esthétiques, métaphysiques, sociétales, politiques, théologiques.
La révolution verte que semble promettre en ses plis le Linceul ne va pas manquer de froisser maintes frileuses consciences,
inquiètes de l’extraordinaire audace, encore qu’énigmatique, de cette grandiose
réalisation. Les tenants et fervents les plus optimistes de l’art contemporain
se montrent, quant à eux, fous de joie, qui voient dans le Linceul l’enveloppe
amniotique de quelque fabuleux Being
Beauteous lequel devrait tôt ou tard, déchirant la gangue verdâtre qui
l’enclot, paraître au jour. Quant à prédire la durée de la gestation, quant à
savoir s’il faudra compter en semaines, en mois, en années, en décennies - en siècles ? -, même ceux qui espèrent le plus en cet
avènement n’ont garde de proposer un calendrier, se suffisant de laisser
entendre qu’ils sont déjà entrés dans l’attente : « ça durera ce que ça durera », nous
confiait un quinquagénaire qui ralliant les croyants les plus résolus se
disposait à s’établir dans son sac de couchage à l’angle d’une porte cochère de
la place Vendôme, ou au pied d’une vitrine, si la maréchaussée ne l’en chasse
pas, aux fins d’entrer dans une léthargie propre à favoriser l’attente, tous
ces messieurs bientôt enfouis et presque ensevelis dans leurs sacs dont c’est à
peine si nous verrons dépasser leur chef, chauve ou ébouriffé, et sans autres
mouvements que ces frémissements nés de leurs rêves quand au
travers d’un brouillard verdâtre ils voient le Linceul se secouer, s’agiter, sous l’effort de Celui-là qui finira
bien par s’en extraire, et tant pis si à ce moment-là le cercle de nos
guetteurs, gisants comme autant de ballots contre les murs, place Vendôme,
Paris, depuis bien longtemps ne sont plus en état d’esquisser le moindre geste,
de former sur leurs lèvres desséchées la moindre expression, immobiles au fond
de leurs individuels linceuls.
Libellés :
"Art-Contemporain",
Linceul
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
mardi 16 décembre 2014
HONTEUX DÉTOURNEMENT
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
lundi 15 décembre 2014
GÉNICOLOGUE
GÉNICOLOGUE n.m. Docteur spécialisé dans la mise au monde des surdoués.
CARNET ROSE : on nous annonce que MM.
les Drs. Jansenius, Arnauld et Nicole, génicologues, lauréats de la Faculté de
Médecine de Paris, ont assuré l'heureuse délivrance de la dame Antoinette Pascal,
qui vient de mettre au monde un petit Blaise plus que prometteur, de l'avis des
trois spécialistes. Penchés tels les rois mages au-dessus de la crèche de l'enfant-Jésus, ils poussaient des cris de joie, joie, pleurs de joie, à la vue des maintes flatteuses bosses d'ores et déjà lisibles
sur le chef du nouveau-né, dont notamment celles de la mathématique, de la physique, de
l'astrophysique, de l'hyperlittérature, de la mécanique quantique & tutti-quantique,
de la superconductivité, de la transphilosophie, de la turbothéologie et de la
chute des corps.
Libellés :
Génico
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
dimanche 14 décembre 2014
LE VICE PUNI
![]() |
Photo Burcum Baygut |
Certains de nos concitoyens, heureusement de plus en plus
rares, ne font aucun effort pour, sinon dépasser, du moins atteindre ou approcher le score national moyen de 3h47 de télévision par jour !
Ainsi cette demoiselle qui au lieu
de mollement se poser sur la banquette du salon devant le petit écran –
d’ailleurs toujours plus grand, toujours plus chatoyant ! –, aura cru bon
de s’installer, solitaire, dans un environnement saturé de livres … Faute de
caméra de surveillance, nous ne connaîtrons jamais dans le détail les
successifs moments d’une soirée fatale, mais ce qui devait
arriver advint : les délétères émanations de toutes ces pages jaunies,
mieux que le CO2, mieux que les particules fines, eurent bientôt entièrement
envahi les poumons de la malheureuse. Sans doute eut-elle des convulsions, comme
le suggère sa posture, il se peut qu’elle ait appelé à l’aide, mais tandis
qu’elle étouffait le cercle de famille haletait, lui, devant l’une de ces
séries US qui explosent l’audimat. Et voilà comment une belle jeune fille en
fleurs aura vécu ce que vivent les roses, et punie de son vice va se retrouver Six Feet Under.
Libellés :
Vice
Jacques Géraud est (s'efforce d'être) écrivain. Après des études austères (hypokhâgne, khâgne, bagne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes), il a jusqu'à sa retraite enseigné en lycée dans la banlieue parisienne. Il vit à Lyon. Il a publié une dizaine de livres atypiques chez P.O.L, aux PUF, chez JBZ/Hugo&Cie, à l'Arbre Vengeur, aux éditions Champ Vallon.Conférencier des Alliances Françaises en 2009 aux États-Unis et au Canada. Il a été chroniqueur sur le Huffington Post (Culture), et sur ventscontraires.net (revue collaborative du Théâtre du Rond-Point) .
Inscription à :
Articles (Atom)