Géronimots XXI

lundi 18 avril 2016

GLISSANDO

Robert Doisneau
John Welborn Root










       Tout juste désamarré 
                  cet humble îlot urbain 
                               glisse 
                                     sur le pavé luisant 
                                               vers un destin 
                                                       pourquoi pas
                                                                grandiose? 

vendredi 15 avril 2016

FUNDRAISING IN LONDON

Loin de s'apprêter à être tout yeux, tout ouïe, tout feu, tout flammes pour la prestation télévisée de son  Président le 14 avril sur Antenne 2 , le jeune et joli ministre de l'Économie cinglait vers ... Londres, pour  une rencontre au sommet avec des banquiers, à l'instigation d'un  cadre de Goldman Sachs, la banque d'affaires sympa, en vue de lever des fonds pour son fan club En-Avant-Marche ! Mais, chose admirable, loin de rallier la City à bord d'un jet privé, le sexy ministre avait pris place à bord de l'un de ces humbles autocars expressément conçus pour convoyer "les pauvres", selon son mot. Et nous ne jurerons pas qu'à son  arrivée, à sa descente du car, comme par un effet mimétique de la miséreuse carrosserie le wonder boy de Bercy ne se trouva pas soudainement  mué en l'un de ces malheureux qui hantent les beaux quartiers, tendant la sébile de sa casquette à l'adresse de ces beaux messieurs roulant carrosse dont aucun ne saurait reconnaître, vieilli et chauve, sous ses méchants habits pouilleux, le si mignon ministre venu leur soutirer un gros sac de sous.

jeudi 14 avril 2016

LA TRIBUNE

Alex Howitt
La nuit tombe, et l'orateur n'est pas encore apparu à la tribune ! Tous ces yeux restés brillants témoignent de l'extrême attention qui devrait accueillir ses paroles, encore ne faudrait-il pas que la déjà longue, très longue, incroyablement longue attente n'ait pas à se prolonger sans mesure, au risque que les regards peu à peu s'éteignent et qu'à l'apparition de l'orateur  - car il viendra, même si nous ne saurions dire quand, faute d'avoir pu lui fixer une date -, avant même qu'il n'ait énoncé les premiers mots de son allocution ("Mes bien chers frères", ou "Citoyens", ou "Chers compatriotes", ou quelque autre adresse), il n'ait plus devant lui, jusqu'à l'horizon, que des regards fixes, vides, sans lueur, tant et si bien que si nous avions un conseil à lui donner, ce serait de rempocher les feuillets de son discours, certainement splendide, et de quitter la tribune à peine y sera-t-il apparu.

mardi 12 avril 2016

BLANC BLANC

Photo Susanna Hesselberg
Saisi par le dandysme, cet homme d'Église s'est enhardi à se pavaner avec cette énorme collerette, impeccablement amidonnée, qui laisse loin derrière elles les fraises les plus exubérantes des bourgeois portraiturés par Rembrandt, tandis qu'au sein de la retraite profonde d'une forêt cette couventine,  anamorphosant le gigantesque tour de cou du baroque vieillard, a laissé sa blanche robe de vierge se former devant son visage en un vaste éventail, comme dans l'espérance de faire écran aux curiosités des promeneurs et autres cueilleurs de champignons.

dimanche 10 avril 2016

DERNIER REPAS

Invités naguère à certaine noce  du côté d'une bourgade nommée, dit-on, Cana, ces deux messieurs y ont-ils pris de méchantes habitudes? Toujours est-il qu'invités derechef, avec une dizaine de bonshommes, à un raout offert par soi-même le bon Jésus, ils auront profité du  retard de leur hôte - oubli, caprice ,  contretemps? - pour s'imbiber sans retenue, tandis que de guerre lasse tous les convives, s'étant goinfrés, s'en sont allés, sauf eux deux. Mais que leur Maître supposé bien aimé entre enfin en lice, charmant, jeune encore, traînant tous les coeurs, ou quelques uns, après soi, c'est un peu tard : les deux rescapés ne sont plus en état d'écouter son dire ni de s'ébahir de ses prestations, et si d'aventure, s'adressant à chacun de nos deux poivrots, il lui disait : "Lève-toi, et marche!", s'il émeut leur inertie ce sera pour les voir en effet se dresser, à grand peine, sur leurs guiboles, quitter les lieux en titubant, s'étayant l'un l'autre, s'éloignant sans se retourner, et laissant le Maître devant les reliefs de la dînette ... Il n'aura qu'à, si ça lui chante, s'asseoir solitaire en bout de table où grignoter les quignons, s'envoyer les fonds de bouteille en marmonnant des paroles inaudibles avant de basculer d'un coup en arrière et, comme  à l'imitation de l'un des deux bonshommes, y demeurer, sous l'arbre, les bras en croix.

vendredi 8 avril 2016

ZIZI(S)

Photo Katie Miller
Le féminisme contemporain va-t-il trop loin? On est en droit de le croire au vu du harcèlement dont cet homme de pierre est l'objet, même si, rassurons-nous, il ne va  peut-être pas s'émouvoir pour si peu ? Et réjouissons-nous de voir qu'il y a encore de scrupuleux vigiles, d'humbles mais sourcilleux gardes du corps masculin, tel ce bon et brave merle mâle qui n'a pas hésité à se percher sur le site menacé par les impudents assauts des éléments les plus extrémistes de la féminine engeance.

mercredi 6 avril 2016

EL LIBERTADOR



C'est un désert ocre sous le ciel surchauffé
Un civil vieux mains dans les poches et poches sous 
Les yeux pose ; son costard vaut beaucoup de sous,
Il s'en fout, il est riche, il est toujours sapé.

Son T.shirt de marque n’est marqué de nulle 
Goutte de sueur ; il vient pourtant à mains nues
D’une seule poussée de ses muscles ténus
De terrasser ce char, monstrueux véhicule !

C’est le libérateur des terres de Libye !
Philosophe, écrivain, émule de Botule
Cent fois plus grand que nous tristes animalcules

Et nous le contemplons éblouis ébaubis
Tant pis si le chaos s'engendre de sa geste
Il saura sans un pli la retourner sa veste.
















dimanche 3 avril 2016

RIMBAUD'KAFKA


 Ce premier communiant, devenu grand, son visage s'est allongé ; sa raie, qui tirait sur le côté, est maintenant médiane ; ses cheveux ont cru bon de modifier leur implantation en dérobant le haut du front. Mais les grandes oreilles bien décollées sont là pour attester la continuité entre l'enfant et le jeune homme, et nous signifier qu'elles sont les capteurs ultrasensibles de voix que tout un chacun aurait bien du mal à entendre, couvertes au demeurant par le perpétuel bruit de fond de l'ordinaire des jours.

samedi 2 avril 2016

SEPT ET UNE

Sont-ce, voletant gaiement sous la brise, les sept petites culottes des sept filles de l'Ogre ? ... qui elles aussi seraient mieux inspirées de jouer les filles de l'air. Mais peut-être y aura-t-il, si Perrault s'était trompé dans son compte, une heureuse rescapée de la boucherie nocturne? Et logée, plus tard, à  cette prometteuse enseigne, elle a tendu à sa fenêtre ce fil supportant l'alléchant triangle comme une invite au fameux Petit Poucet qui, devenu grand, passant par là, avisant le mot qui légende la chose ... Et ils seront heureux, et ils auront beaucoup d'enfants, si possible au nombre de sept qu'ils pourront, si besoin, égarer dans la forêt où sévit l'Ogre.

jeudi 31 mars 2016

L'ÉPI

Sur aidersonprochain.com (Facebook Marie Pierre Wattiez)
Cette jeune personne aura eu les yeux plus grands que la bouche, celle d'en bas, bien sûr, quitte à se retrouver avec sur les bras un sex-toy qui ne déparerait pas le fameux film de Woody Allen, du temps que les images et les idées étaient libres. Même à grimper sur l'escalator, elle aura du mal à atteindre  à aucun septième ciel. Mais peut-être est-elle, avant tout, une lectrice un peu foldingue du Sanctuaire de William Faulkner, et se prenant pour la virginale Temple Drake elle aura sua sponte voulu  déposer entre les mains d'un autre Popeye, non moins avorton, non moins impuissant, l'outil, un tantinet surdimensionné, voué à sa défloration ? Et peut-être le misérable l'attend-il impatiemment en haut des marches, et lui aussi il ouvrira de grands yeux à la vue du monstrueux objet, juste avant qu'ils ne se ferment quand, tel un Quasimodo rabougri et taré, il recevra sur la tête l'énorme épi qui va la lui fendre, imparable coup de massue porté d'une main sûre par notre Temple soudainement réchappée du fatum faulknerien.

mardi 29 mars 2016

DIESEL DIÉRÈSE DJIHAD

Carlos Tavares PDG de PSA
Contre ce Tavares, tous les avares gagne-petit de l'hexagone râlent : 5,24 millions d'euros de salaire pour 2016, le double de l'an passé, quand il ne faudrait  que quatre siècles et des poussières à un smicard pour gagner autant, sans compter que sauf à continuer de doubler tous les ans tes émoluments, tu ne sera même pas,  pauvre Carlos, milliardaire! Or, non seulement tu as, dit-on, requinqué PSA, mais par un surcroit de dons tu aurais dans ta besace un talent de versificateur ? Toi qui en avril 2015 articulais dans le poste : 
                  "Le diesel moderne est parfaitement propre". 
Un alexandrin! à l'aise, avec diérèse sur di-ésel, le carburant que tu prônes. Certes, notre pays de haute culture est riche en dodécasyllabiques, ainsi en août 2014 un sieur Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur :
                  "Ce n'est pas un délit de prôner le djihad" 
Si Bernard eut ce jour-là une case vide, ce n'était pas l'une des douze de ce vers : et à l'instant en voici deux d'alexandrins,   en voici trois, c'est trop facile, la phrase française porte en elle l'alexandrin comme le néocapitalisme l'inégalité quintessenciée.  Même "Carlos Tavares PDG de PSA" c'en est un, césure ou pas à l'hémistiche. Le compte y est, comme à la banque ton magot ô Tavares.

dimanche 27 mars 2016

DERNIÈRES PAROLES

José Manuel Ballester
Le banquet n'aura pas lieu, soit que les invités aient fait défaut, ou que la puissance invitante ait eu un empêchement, ou que ceci et cela. Reste la longue table, les couverts, les petits pains qui pourront toujours apaiser la faim de quelque malheureux passant par là, s'introduisant dans la salle vide, et ce serait encore mieux si traînait sur la table un cruchon de vin que le vagabond videra à grandes lampées, sans réussir à l'écluser pour peu que le gros rouge sans cesse se renouvelle, obligeant le pauvre bougre à picoler et picoler et picoler jusqu'à rouler sous la table, entraînant après lui la nappe qui le recouvre comme un linceul et avant de sombrer peut-être aura-t-il eu le temps, par l'effet d'une inspiration subite, de marmonner quelque chose comme Hoc ... est enim ... calix ... sanguinis ... mei et il s'endort et repose sous le drap froissé taché de vin.

vendredi 25 mars 2016

"LA NIÈCE DE NÈGRE" NÈGRE DE MARCEL

Pas plus tard qu'avant-hier (http://geronimots.blogspot.fr/2016/03/marcel-proust-caporal-epingle.html), nous dévoilions la véritable mort de Marcel Proust, écrivain dans le civil, caporal en 1914. Quant au défi de poursuivre et parachever l'opus déjà considérable, mais troué de partout, comme venait de l'être le corps de son auteur, qui pouvait le relever sinon cette jeune personne qui du vivant du maestro habitait déjà chez lui, avec lui, partageait sa vie "complètement à l'envers", copiait la nuit sous sa dictée, écoutait  les récits enjoués que dès son retour il lui faisait de ses soirées mondaines, qui pour trouver de la place à ses ajouts avait inventé les paperoles et autres béquets, qui  répondait pour lui au téléphone, et d'une voix que l'on n'avait pas tort de prendre pour celle de Marcel puisque déjà elle était lui : celle-là même, sa gouvernante, judicieusement prénommée Céleste, dont en clausule d'un petit poème à sa gloire il écrivait "Spirituelle, agile, intègre / Telle est la nièce de Nègre" : monseigneur Albert Nègre, archevêque de Tours et doté d'un nom qui pour la nièce Albaret allait être un programme, réalisé sans défaillance par l'immense bourgeonnement, déploiement et prolifération du texte des 32 cahiers de moleskine rangés sur la commode de la chambre où Céleste avait pris la place de Marcel, où Céleste était Marcel, et comme, dit-elle, "Il était grand comme moi", elle pouvait être lui jusque dans le monde, et nul n'y vit jamais que du feu devant celle en qui revivait et par qui réécrivait feu Marcel.

mercredi 23 mars 2016

MARCEL PROUST CAPORAL ÉPINGLÉ

Marcel Proust serait mort, nous dit-on, à l'âge de 51 ans, le 18 novembre 1922, mais le document officiel ci-dessus change la donne, qui nous révèle qu'en réalité (zoom sur la 3ème ligne en partant du bas), caporal au 165ème Régiment d'Infanterie, Marcel Proust est mort le 11 septembre 1914, dans les meurtriers premiers combats de la Grande Guerre ... Autrement dit, excepté Du côté de chez Swann, paru le 14 novembre 1913, toute la proustienne Recherche serait bel et bien ... posthume! Non que nombre de pages des tomes ultérieurs du grand oeuvre de Marcel n'aient pu être écrites avant sa mort sous les drapeaux, à 43 ans, à peine deux ans de plus que son confrère et congénère Charles Péguy, tué six jours avant lui, le 5 septembre 1914 ...  N'empêche qu'il aura bien fallu un scripteur qui sous le masque proustien, année après année, aura su combler les immenses trous textuels de la tapisserie tragiquement laissée sur le métier par le caporal Marcel Proust le 11 septembre 1914. Quel fut ce scripteur, occulte et laborieux, qui paracheva la plus grande geste littéraire de tous les temps? Nous livrons cette énigme à ta sagacité, lectrice, lecteur, dont nous te proposerons ou te confirmerons la clé dans la prochaine livraison de notre blog.

lundi 21 mars 2016

SALLES DE REPOS

Récemment inaugurées par Najat Vallaud-Belkacem  au sein de plusieurs établissements pilote, les Salle de Repos viennent matérialiser un concept qui se taille un franc succès auprès des élèves, si l'on en juge par ce document pédagogique :  une surveillante d'externat du collège Jeannette Vermeersch-Thorez, au Kremlin-Bicêtre (94), lève le rideau sur Maeva, une élève de 3ème qui jouit d'un plein repos, bien mérité, entre le sévère cours d'Anglais Commercial et les âpres TP de Communication Extra-Langagière. "L'usage modéré voire intensif de la Salle de Repos, déclarait dans un point-presse la juvénile, souriante et dynamique ministre, devrait permettre aux apprenant-e-s les plus stressé-e-s de décompresser pour pouvoir mieux se reconstruire dans le cadre scolaire. Les Sciences de l'Éducation ont démontré que le repos conditionne le travail. Une évaluation des protocoles expérimentaux sera conduite au niveau des rectorats en 2017. En tout état de cause, j'espère pouvoir rapidement multiplier par cent le nombre actuel des Salles de Repos, et je dis à tous les services concernés : au travail!".

samedi 19 mars 2016

PÉPINS


Mieux que le bon Saint Martin fendant son manteau en deux pour en donner la moitié à un malheureux, cette dame n'a pas hésité à se dépouiller de son beau parapluie transparent en faveur de la pauvre vieille marchant à ses côtés, qui peut au moins se protéger du crachin. La joie d'avoir fait une bonne action se lit sur le visage de la généreuse donatrice, alors même qu'elle va devoir se suffire d'un parapluie pour deux, grâce à la bienveillance du  monsieur qui s'est porté à son secours. Puisse-t-elle être récompensée d'un si beau geste qui à lui seul mériterait  cette légion d'honneur si souvent épinglée sur les moins honorables poitrines.



jeudi 17 mars 2016

UN SINGE

                               
                                 Un singe se risquant au royaume du signe
                         Et point trop sûr d’en réchapper jamais
                               Se rappelant peut-être Mallarmé
 Résolut de conter l’aventure d’un cygne
               Prisonnier de la glace 
         Comme lui du clavier vorace ?
                        Car oublieux des branches et des lianes
                            Et du bonheur d'éplucher la banane
                       Ses longs doigts nuit et jour pianotaient
                   Les mots multipliaient les pages noircissaient
                               Et son angle facial se redressait
                              Et son pelage épais s'éclaircissait
                                    Un soir il fut ... tout nu
                      Une main lui tendit une pomme, mordue,
                                              Oh que non
                                          Dit-il à la guenon :
                        Mais c’était une femme, et dodue, charnue
                                   Ils roulèrent sous la table
                                              Que diable
                                        Et de cette aventure
                                 Jamais, dit-on, ne reparurent.
                      
                                             
                                   
                                                
                                             
                                       
                                      




mardi 15 mars 2016

UNE SÉANCE

 Non contente de faire la gueule à son psy, cette jeune patiente est allée, contre tous les usages, jusqu'à froidement lui tourner le dos ! Mais le praticien, chevronné et chenu, et qui en a vu d'autres, loin de se laisser démonter par une réaction si négative,   continue de prendre des notes sur son carnet. La séance se poursuit.

dimanche 13 mars 2016

SPRAY TO FORGET

Coup de tonnerre dans la galaxie proustienne! Une latte soulevée lors de travaux dans l'appartement qui fut, 102 boulevard Haussmann, celui du glorieux auteur de l'immense Recherche du temps perdu, et les ouvriers effarés découvraient plusieurs centaines de ces fioles, vides, de spray to forget ... Tous les proustiens savaient, bien sûr, que leur héros avait toujours été un consommateur forcené de maintes potions médicinales, mais de là à devoir s'aviser que le chercheur, le prospecteur, l'explorateur du Temps perdu n'avait de cesse, simultanément, de se gaver d'une molécule censée lui apporter l'oubli ... Les plus fameux experts de la chose proustienne en perdent leur latin ; les simples amateurs, a fortiori les passionnés, les enragés, s'en arrachent les cheveux. Et toutes ces bonnes gens, orbitant autour de l'astre unique, de songer que sans la  dissolvante molécule, sans le fatal spray, le Temps retrouvé à la pointe de sa plume par le maestro eût acquis des proportions encore plus fantastiques, et se fût  révélé, peut-être, d'une si inouïe densité que ce prodigieux gâteau eût eu de quoi les rassasier toujours davantage  -  à moins que tout au contraire, simples proustiens ou supposés grands maîtres, ils ne se fussent, dépités, cassé les dents sur un matériau infrangible, tournant autour de l'imprenable objet sans réussir à lui donner l'assaut?

samedi 12 mars 2016

MONSANTO EST LÀ TOUT S'EN VA

Jadis le paysan avait le geste auguste
Qui depuis qu'équipé méphisto Monsanto
Éjaculant nuage et brouillard chimico
Il te bousille la Nature ce gugusse!

vendredi 11 mars 2016

NO FUTURE

Jeune, habitant à Lyon, et plus ou moins pédophile, peut-être envisagerais-je d'embrasser la carrière ecclésiastique? Mais comme je ne satisfais qu'à une seule de ces trois conditions ...

jeudi 10 mars 2016

UN CONGRÈS À PARIS

Le premier Congrès International de Cunnilinguistique s'est ouvert à Paris le 8 mars, Journée de la Femme. En marge des communications savantes, voire austères, qui vont s'égrener tout du long de la semaine, les congressistes ont voulu s'adresser  aux populations par le truchement de banderoles déployées dans les rues de la capitale. Celle-ci aura habilement couplé, sur le mode injonctif, la préoccupation écologique et la référence cunnilinguiste. "Au vu du trafic automobile d'ores et déjà raréfié sur cet axe, notre appel pourrait avoir été entendu", nous confiait le professeur Lehmann, de l'Université de Königsberg, patrie d'Emmanuel Kant, après avoir consenti à nous livrer le titre de sa communication : Le cunnilinguisme est-il un humanisme ? Et il nous quittait pour rejoindre son hôtel où la relire et se la mettre en bouche.




















mardi 8 mars 2016

SUR LE FIL

         


       Année après année
   la Journée de la Femme
           prend forme

EMMA 2016

Alex Howitt sur Facebook


A peine rentré du turbin, pour toute célébration de la Journée de la Femme cet homme se plongeait dans son journal, ne laissant d'autre issue à son épouse esseulée que de rêver, telle une Bovary, lasse de son charlot d'époux, à la graduelle dissolution de la tronche du sien, préludant à sa résorption intégrale à même les  pages du journal, en sorte qu'il ne devrait rester, de ce monsieur avec qui, morose, elle partageait la routine de ses jours, que cette utile gazette qui, le happant, l'en débarrassa, et dont pour toute cérémonie funèbre elle ira jeter  les feuillets à la poubelle, non sans rêver, par surcroît, que cette nuit, soulevant le couvercle, mieux que le génie de la lampe un bel homme en sortira qui bientôt sera en elle et ils s'aimeront, non dans le lit conjugal, mais sur un bruissant matelas de vieux journaux que froissent les enlacements de leurs corps avant peut-être qu'ils ne s'y enfoncent et s'y évanouissent  dans les épaisseurs des strates, incompréhensible énigme pour le Holmes ou le Poirot ou le Columbo appelé à chercher des indices dans l'amas opaque des feuillets.

dimanche 6 mars 2016

LE FRUIT


Ce bivalve inconnu ne pouvait que remporter un vif succès au Salon de l’Agriculture, qui fermait ses portes ce soir. Notre document révèle la partie comestible, toute frangée d’une végétation moussue bien de nature à exciter les papilles du dégustateur. Mais c’est l’inimitable saveur, la fragrance incomparable, la subtile texture, et la doucereuse ou âpre ou âcre humidité de la zone médiane que l’on verra susciter l’enthousiasme du véritable amateur. Accoudé au comptoir d’un bistro il vous en parlerait sans fin, tout en continuant de se lécher les babines. Et si vous le voyez les yeux dans le vague, c’est qu’il songe à son prochain rendez-vous avec ce fruit unique pour lequel, vous dira-t-il en portant la main à son cœur, il donnerait tous les mets ! La politesse ne vous obligeant pas à lui tenir compagnie quand il vous l’a déjà faussée depuis un moment, abîmé dans son rêve, peut-être oserez-vous quitter la place, sans vous fatiguer à lui servir un prétexte, course urgente, travail en cours, bobonne à la maison : votre interlocuteur, si le mot convient, ne vous entend pas, à peine aura-t-il eu conscience de votre départ, ses yeux mouillés d’émotion ne voient ou n'entrevoient que la forme mystique de l’objet de son désir, ses narines palpitent, sa poitrine se soulève, tout juste s’il pourra retenir sa main de s'avancer vers le fruit invisible avec la même fièvre, le même tremblement qu’au Jardin d’Eden nos premiers parents levant la leur pour cueillir le fruit interdit.