Géronimots

dimanche 10 avril 2016

DERNIER REPAS

Invités naguère à certaine noce  du côté d'une bourgade nommée, dit-on, Cana, ces deux messieurs y ont-ils pris de méchantes habitudes? Toujours est-il qu'invités derechef, avec une dizaine de bonshommes, à un raout offert par soi-même le bon Jésus, ils auront profité du  retard de leur hôte - oubli, caprice ,  contretemps? - pour s'imbiber sans retenue, tandis que de guerre lasse tous les convives, s'étant goinfrés, s'en sont allés, sauf eux deux. Mais que leur Maître supposé bien aimé entre enfin en lice, charmant, jeune encore, traînant tous les coeurs, ou quelques uns, après soi, c'est un peu tard : les deux rescapés ne sont plus en état d'écouter son dire ni de s'ébahir de ses prestations, et si d'aventure, s'adressant à chacun de nos deux poivrots, il lui disait : "Lève-toi, et marche!", s'il émeut leur inertie ce sera pour les voir en effet se dresser, à grand peine, sur leurs guiboles, quitter les lieux en titubant, s'étayant l'un l'autre, s'éloignant sans se retourner, et laissant le Maître devant les reliefs de la dînette ... Il n'aura qu'à, si ça lui chante, s'asseoir solitaire en bout de table où grignoter les quignons, s'envoyer les fonds de bouteille en marmonnant des paroles inaudibles avant de basculer d'un coup en arrière et, comme  à l'imitation de l'un des deux bonshommes, y demeurer, sous l'arbre, les bras en croix.

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