Géronimots

lundi 22 juin 2015

LA LANGUE

Objet des élans de cette belle blonde, sa maman, ce garçonnet en ressortira-t-il indemne? Transverbéré, comme Thérèse d'Avila par le dard du séraphin, par cette langue maternelle qui plus longue, plus souple que celle du tamanoir, lui va de l'une à l'autre oreille, et au-delà, ne va-t-il pas offrir, suite à cet épisode - si plaisant soit-il, au vu de son sourire -, des troubles dysphasiques inconnus des orthophonistes? Même, de tous les mots qu'il lui sera donné d'énoncer dans la suite de sa carrière,  lequel aurait de quoi échapper à des torsions et distorsions de nature à les rendre, tous, méconnaissables? Tant et si bien qu'à l'instar de la Pythie de Delphes, il pourrait être invité à s'asseoir sur quelque haut tabouret pour y proférer, dans les amphithéâtres, des séquences de vocables dont l'audition rassemblera et déchirera les experts, voués à des élucidations peut-être impossibles, et qui n'auront pas fini d'entendre nuit et jour remuer sous leur crâne, comme d'innombrables pièces dans une énorme tire-lire, tout un amas et ramas de mots d'autant plus monstrueux qu'à force de chocs et d'entrechocs, fatalement ils se pénètrent, s'interpénètrent, en une partouze ininterrompue dont la chanceuse  philologie pourrait avoir de quoi mener plus d'un savant, fût-il chenu, fût-il rassis, sinon au crime, comme dans certaine Leçon du sieur Ionesco, du moins aux dérèglements les plus dangereux jusques et y compris la folie, le suicide?

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