Géronimots

lundi 6 avril 2015

LONGTEMPS JE ME SUIS

Tullio Pericoli
Ce monsieur, au vu du proliférant fatras des feuillets jetés sous son lit, n'en finit pas de recommencer sa page 1 : Longtemps je me suis couché de bonne heure, lisons-nous sur ce énième brouillon, ce énième incipit dont sans doute espère-t-il, tournant vers nous ses yeux de biche, qu'il aura notre aval? Tu ferais mieux, lui dirions-nous, si nous étions son coach, d'essayer quelque chose de moins plat, de plus, comment dire, commercial, rien qu'en changeant une lettre, tiens : Longtemps je me suis touché de bonne heure, ça pourrait plaire, surtout si au lieu de rester sec, comme à ton habitude, tu évoquais en un style inimitable tous ces papiers planqués sous ton lit, nous confessant en rougissant  sur cinq pages d'affilée qu'ils sont comme autant de ... kleenex, ceci assorti de force métaphores, enveloppé dans les bandelettes de maintes comparaisons, dix pages au moins pour célébrer ton acte, en exalter la réitération, et puis usant, non pas de nouveaux mouchoirs, mais de quelque biais, issu de ta rouerie littéraire, tu glisseras vers la description d'une cathédrale, du bon sourire de ta mère-grand, de la mantille d'une duchesse : tu vois, ce n'était pas si difficile, il  suffisait de trouver le mot juste, tu étais à deux doigts.

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