Géronimots

mercredi 8 avril 2015

LE JOURNAL

Telle est la dureté de la crise que l'on peut voir des seniors désormais contraints, pour  survivre, de se faire vendeurs de journaux dans les rues de nos villes : ainsi ce pauvre vieux qui cherche désespérément à fourguer sa feuille de chou à des passants ... passant leur chemin sans faire mine de le voir. Encore aura-t-il apparemment réussi, par quel miracle, à vendre l'un de ses exemplaires à cette dame bien mise, genre bourgeoise des beaux quartiers (sac en croco, imper Burberry, bandeau dans les cheveux), qui n'aura consenti à le lui prendre que pour se donner bonne conscience, foncièrement indifférente aux misères du "peuple", puisque c'est le mot que nous lisons à la une de la gazette, qu'elle tient avec ostentation, tout en regardant ailleurs. Mais, pathétique, le pauvre diable persiste qui, à défaut de son petit journal à peu près invendable, voudrait du moins que l'on accepte ce feuillet, qu'il propose à titre gracieux, évoquant probablement la série de ses malheurs, comme fit un jour, sur les quais de la Seine, Jean-Jacques Rousseau, avec le même insuccès puisque, à l'en croire, pas un passant ne voulut s'en saisir.

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