Géronimots

jeudi 2 avril 2015

LE VOYÂGE

De ceci au moins nous ne saurions douter : s'installant au volant de son automobile, le conducteur que voici, largement sexagénaire à ce moment-là, allait partir en voyage, et voyage il y eut en effet, non pas dans l'espace, comme prévu, car le véhicule ne se déplaça pas d'un pouce, mais à peine le moteur eut-il commencé de hoqueter puis de tourner, dans le temps : dans le temps qui se mit à reculer, reculer sans que, bercé par le ronron du moteur monotone, l'intéressé s'en avisât qui, venant tout juste de rouvrir les yeux, ne semble guère informé de sa cure de jouvence, ni de son auto rapetissée ... Encore n'est-ce  peut-être pas fini,  car le moteur tournant toujours, parions que sous peu le pauvret se sera, tout bonnement, aboli dans l'habitacle, ne laissant de sa personne, qui toujours s'amenuisa, que son beau béret blanc qui pour son chien fidèle - et plus stable, lui, dans le temps - sera le doudou que jamais il ne lâchera.


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