Géronimots

mardi 28 juin 2016

FRENCH PSYCHO

Sans la présence d'esprit d'un photographe improvisé, nous ne disposerions pas de ce cliché qui a su capter sur un quai de gare, du côté de Deauville ou plutôt de Cabourg, ces deux déséquilibrés tout juste échappés de l'asile. A côté du paranoïaque en redingote, classiquement identifié, comme tant de nos concitoyens, à  Napoléon Bonaparte, s'offre à nous le cas autrement singulier de ce personnage d'allure clownesque, triturant bizarrement ses mains, tel un masturbateur compulsif et honteux, le chef négligemment incliné, le  pantalon tirebouchonné, porteur d'un trois-quart informe jeté sur une vareuse de quartier-maître ou de facteur, genre Jacques Tati dans l'un de ses courts-métrages, tous attributs vestimentaires non pas, en l'occurrence, coupés trop courts, mais trop longs de plusieurs pointures, suggérant quelque tendance à la mégalomanie chez ce sujet, dont on aura remarqué le faciès niais, à la limite de la débilité, d'aucuns diraient peut-être, plus enclins que nous à faire fond sur l'espèce humaine, aux lisières du génie? Curieusement ce benêt, si benêt il y a, qui nous fait face, et  nous regarde de biais et par-en dessous, semblerait presque avoir secrété et projeté à sa droite, comme par un effet surnaturel, un double miniaturisé de lui, en la personne de ce garçonnet aussi propret, pourtant, au moins en apparence, que dépenaillé celui dont il serait l'alter ego presque encore enfantin ... Et rien ne nous empêche de postuler quelque nouvelle projection qui, de ce gentil petit bonhomme, saurait tirer un tout mignon bambin dans les cinq ans - et peut-être déjà pervers? - par une vertigineuse remontée du Temps dont allez savoir où elle s'arrêtera.

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