Géronimots

vendredi 13 novembre 2015

WAITING FOR

                                                             
Ces voyageurs attendaient leur train, normalement prévu pour 9h11, ou 11h18, ou 18h10, ou 10h32, et ils en sont encore à l'attendre, depuis un laps de temps d'autant plus  indéterminé que le Temps, la notion du temps, il se peut qu'ils l'aient perdue, à supposer qu'ils ne soient pas allés jusqu'à perdre la conscience même qu'ils attendent, ou du moins qu'ils attendent leur train : ils ont beau se tenir en arc de cercle au plus près de la voie, à force de n'avoir aucun signe, sonore ou visuel, de son approche, si lente soit-elle, pire que le plus paresseux des tortillards, l'idée de train en est venue à s'estomper en eux, et a fini par s'abolir, emportant avec elle l'idée de voie ferrée, alors même qu'ils la jouxtent, mais dépourvus désormais du bagage lexical qui leur permettrait de nommer le ballast, les traverses, les rails : ils ne savent plus ce que c'est, sans pour autant être en mesure de s'éloigner de ces deux poutrelles métallique ancrées à même le sol, dont le parallélisme s'étire à perte de vue ... : et peut-être même finiront-ils par s'y engager, par marcher à la queue le leu sur ce support, et si d'aventure, un jour, alors qu'ils marchent depuis, depuis ils ne savent plus quand sur ce chemin de fer (car ainsi l'auront-ils nommé, sans y trouver malice, puisque c'est leur chemin, et qu'il est de fer), si d'aventure ils entendent, au loin, le hululement typique, et s'ils voient s'élever le panache typique, et si le typique grondement leur devient audible, et grandit, grossit, et s'ils voient enfin apparaître, émergeant d'une longue courbe, le Train, tracté par sa locomotive, les voici qui se rangent  au bord de leur chemin de fer, pour laisser passer ce monstre bruyant et fumant qui leur en dispute l'usage, et ils reprennent leur route rectiligne, de leur pas égal, sans se presser, sans traîner, sur leur chemin de fer qui luit à l'infini sous le ciel bas.



... PS qui n'a rien à voir : en cette nuit de terrorisme islamiste à Paris, me revient en mémoire l'une des phrases les plus stupides, les plus irresponsables, que nous devons à la plume pontificale d'André Breton : "L'acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings,à descendre dans la rue et à tirer au hasard tout ce qu'on peut dans la foule". De même le "surréaliste" et futur stalinien Aragon voulait-il ... gifler le cadavre d'Anatole France - lequel a tout de même écrit "Les dieux ont soif ", roman qui décortique la conversion d'un artiste peintre au fanatisme sanguinaire de la Terreur robespierriste.










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