Géronimots

mercredi 25 novembre 2015

A CROQUER

Sans un regard pour le gros oeuf Fabergé que lui présentent deux éphèbes, ce vieil homme, bizarrement attifé, se frotte les mains à la vue de son autre cadeau, qui semble pourtant moins attractif, consistant en une figurine fixée sur deux planchettes, le tout posé sur un gros coussin, rouge, comme sa drôle de capuche. Il couve cet objet d'un oeil chargé d'une telle convoitise que tout laisse penser que d'un instant à l'autre il va, n'y tenant plus, se ruer, comme un enfant sur un bonhomme en pain d'épices, et ouvrant une bouche grande comme un four nous le verrons qui a commencé de croquer la friandise, avec des dents on dirait de loup même s'il n'est pas exclu que soudain, crac, le vieux glouton vient d'un coup de s'en casser quelques unes sur la substance, jusqu'alors friable, de son cadeau, et qui peut-être se régénérait à mesure que ses ratiches y creusaient des trous, mais sans préavis elle s'est durcie, comme du stuc, comme du marbre, inexpugnable à la mâchoire bien entamée du vieux bougre qui grimaçant de douleur, marmonnant des injures ou des imprécations, jette des regards effarés vers la statuette intacte, impavide, dont nous pressentons qu'il n'aura pas fini, dans la clôture de ses appartements, d'interroger la redoutable énigme.


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