Géronimots

mercredi 23 septembre 2015

ÂMES DU PURGATOIRE

Les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs, écrit Baudelaire. Et les Âmes délaissées du Purgatoire, donc si de toute urgence une flopée de messes ne sont pas dites pour intercéder en leur faveur ? Mal aimées des vivants, qui ne songent qu'à leurs travaux ou leurs plaisirs, elles courent le risque, ces âmes-là, de rester clouées dans un Purgatoire qui, pour rigoureux qu'il fût, aurait pu, aurait dû n'être que l'antichambre du délicieux Paradis où les attendaient en grand arroi le Père, le Fils, le Saint-Esprit, la Bonne Vierge, les anges, les archanges, les angelots, les saints, les bienheureux, toute la céleste smala. Même, désabusées, désespérées, comme un suicidant se défenestre elles seraient capables, ces âmes délaissées, de se jeter en Enfer pour aller brûler ou geler, c'est selon, dans ces espaces désolés : tout plutôt que,  dirait l'auteur du Procès, cet atermoiement illimité où les voue notre indifférence, car il est rien moins qu'assuré qu'au jour du Jugement ces bonnes gens de la Sainte Trinité s'emploient sérieusement à chercher, dans l'énorme amas des dossiers en souffrance, des pièces décisives, peut-être, mais sur lesquelles personne, absolument personne n'aura, ici-bas, attiré leur attention, malheureusement diffuse, vague, incertaine : l'Esprit-Saint volette de-ci de-là ; le Père gémit ou somnole sous le poids des ans ; le Fils fait le mariole ; la Madone s'afflige in petto d'être restée confite en son état virginal. Et dans ces conditions, tout bien pesé, nous irions presque jusqu'à  suggérer aux Âmes délaissées du Purgatoire de prendre leur mal en patience, quitte à se résoudre à voir dans ce lieu ambigu, qu'elles ne croyaient qu'une étape, leur éternel séjour







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