Géronimots

vendredi 23 juin 2017

"UNE PETITE PASTILLE VERTE" par Johanna Avalda

Bref roman, mais grand roman que celui d'Avalda, tout entier fondé sur   la réminiscence. Anita, une vieille femme très très pauvre, trouve un soir sur une étagère une pastille ratatinée, qui gisait là depuis des lustres. A peine l'a-t-elle déposée sur sa langue qu'elle entre en extase et se revoit, fillette, très enrhumée, tout enrouée, piochant dans la boîte métallique ronde que lui tend sa maman une, deux, trois, quatre, dix, une kyrielle de ces mêmes petites pastilles vertes dont celle de l'étagère, quelque quatre-vingts ans plus tard, est la quintessence retrouvée. Et la pauvre vieille Anita, toujours suçotant la verte pastille, voit s'ordonner autour d'elle, en cercles toujours plus grands, tous les lieux et paysages de son enfance, exquisément évoqués par l'art d'Avalda, lorsque soudain lui revient le haut-le-coeur de la fillette qui avait imprudemment sucé toute la boîte, et comme jadis la fillette la pauvre vieille vomit spasmodiquement un liquide vert, mais son frêle organisme ravagé par les ans n'y résiste pas et après un dernier hoquet elle tombe raide sur le plancher souillé. Terrible fin, que l'on nous pardonnera, ou pas, d'avoir divulguée, mais fin admirable où plus que jamais éclate, de la merveille à l'horreur,  dans Une petite pastille verte, toute la richesse de l'art d'Avalda.

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