Géronimots

samedi 27 août 2016

L'ENVIE DE LA PÉNICHE

(le Gérofi, envoyé spécial rentrée littéraire estivo-automnale)



Fluctuat et mergitur ! La péniche convoyant les 200.000 exemplaires du nouveau roman d’Amélie Nothomb a coulé à pic au large de l’Île de la Cité, entrainant par le fond la totalité de l’édition de cet ouvrage, passionnément attendu par les innombrables fans de la romancière belge. Leur désespoir est illimité. Rompant les barrières de sécurité, les plus valeureux ont déjà plongé et replongé dans les eaux glauques, animés de la folle espérance de ramener ne fût-ce qu’un exemplaire même déjà délavé, non par le passage du temps, mais par le fait des eaux sales de la Seine. Quant aux plus douloureux de la cohorte, leurs parents, leurs proches, les sapeurs-pompiers, les prêtres accourus de Notre Dame toute proche, se multiplient pour les retenir de rejoindre à tout jamais le vaisseau naufragé. D’autres, emportés par leur délire, scrutent sans fin le fleuve comme s’ils espéraient voir remonter, moins le bouquin lui-même, dont ils ont – tout comme nous - déjà oublié le titre, que le corps de l’illustre romancière, agrandi aux dimensions de la péniche, suppléant le Livre et flottant genre Ophélie sous leurs yeux noyés d’amour qui pourraient même se contenter, à défaut de cette apparition magique, de la remontée du fameux chapeau de l’écrivaine pourvu que pourvu d’un assez vaste pourtour pour sembler pudiquement cacher la dépouille mortelle.

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