Géronimots XXI

vendredi 17 juillet 2015

JOUY

    

        La greffe d'un rien a réussi au-delà de toute espérance.

                                                     ***
              Le cadavre était enveloppé dans une toile de Jouy.

                                                     ***
                      Le bermuda de cette fille était si court 
                  que c'est à peine s'il aurait offert la matière 
                                    d'une short story.

mercredi 15 juillet 2015

PARADIMINUÉ

 page FB d'Inkulte 11 juillet partagée par Jeanne Verdun
Au vu de cet écriteau, la mirobolante promesse d'une éternité de mystiques délices a du plomb dans l'aile, dramatiquement compressée en une séquence de tout au plus 24 heures, du moins au Paradis, ou en Paradis, comme on voudra, car il n'est nullement  exclu que le séjour en Enfer soit et continue d'être no limit et qui plus est gratuit, nous ne dirons pas gratis pro deo, à la différence des  paradisiaques payantes 24H maxi ... Selon des sources bien informées, ces  inquiétants panonceaux qui fleurissent depuis quelques jours dans les rues de nos villes seraient à l'initiative du Vatican  - suite à quelle dérogation à la loi de 1905, on se le demande ... -, aux fins de tester les réactions de nos compatriotes inféodés à l'Église de Rome, et de les préparer au pire au cas où le pape François, ruant encore une fois dans les brancards, profiterait d'une visite pastorale à la Fille aînée pour déciller ses ouailles s'ils se voyaient déjà débarquer dans les cieux  avec en poche, si poche il y a, un bail reconductible ad libitum.

lundi 13 juillet 2015

L'ORIGYNE

Clémentine Mélois L'origine du monde, 2015, sur Facebook le 10 juillet

Le Musée d'Orsay vient enfin de prendre une mesure radicale pour obvier aux graves incidents occasionnés par la vision de la plus célèbre vulve de la peinture occidentale. On ne comptait plus les évanouissements en série de lycéens soudainement confrontés à l'illustre tableau du dangereux Courbet, tant ces ados ressentaient la plus indicible épouvante, et l'incompréhension la plus totale, à la vue sans échappatoire de la noire exubérante forêt de poils surplombant et ombrageant la fente de la dame. Plus d'un garçon fut à deux doigts de répudier sa petite amie à la seule pensée du triangulaire massif pileux dont il la savait, désormais,  virtuellement porteuse, et qu'un jour peut-être elle, ou l'une de ses pareilles, innocemment ou par procédé, lui ferait sauter au visage. Fût-ce au prix de voyages scolaires répétés à Orsay, incluant des escales thérapeutiques devant l'objet dûment retouché, défriché, déboisé, réinscrit dans l'ordre rassurant de la culture postmoderne, il faut espérer que la résilience fera son oeuvre, à tout le moins le bienfaisant oubli, et que les poils ne viendront plus hanter nos délicats adolescents.





























samedi 11 juillet 2015

CASTORAMA

CASTORAMA : Boutique entièrement consacrée à Simone de Beauvoir.
                         
 Les Castoramas mettent la clé sous la porte !

La triste nouvelle vient de tomber : il n’y aura bientôt plus aucun Castorama en France ni hors de France ! Nos lecteurs seniors n’ont pas oublié que le triomphe mondialisé du Deuxième Sexe  avait permis l’ouverture d'un premier Castorama à New-York, dans le quartier de Greenwich Village, bientôt suivi de beaucoup d’autres, de Rome à Shanghai, de Moscou à Tombouctou. On y trouvait non seulement les œuvres complètes de la Grande Simone, comme la surnommaient affectueusement ses disciples, mais force reliques dont les plus prisées l’associaient à son compagnon de route, un certain Jean-Paul Sartre, qui passa toute sa vie dans l’ombre de la philosophe féministe, et même au sens physique puisqu’elle le dominait d’une bonne tête. Des facétieux l’appelaient Fidel Sartro, malgré les passades qu’il s’autorisait, dans la candide espérance de s’affranchir du joug. Témoignage émouvant de l’histoire du couple, tous les Castoramas exposèrent longtemps, dans une vitrine dédiée, la reproduction à l’identique de ces pauvres lunettes de Jean-Paul, aux verres fendus, aux branches métalliques tordues, à côté de la page des Mémoires de Guerre de Simone évoquant la terrible crise de ménage à l’issue de laquelle « Je me ruai sur le pauvre Poulou, qui venait de me déchirer mon turban, et sans égards pour sa myopie, aggravée par son strabisme, je lui arrachai ses binocles et je les foulai aux pieds tandis que lui, placide, sortait de sa poche ses lunettes de secours, rafistolées à la suite d’une précédente algarade où elles avaient morflé. »


jeudi 9 juillet 2015

AVE VARIA GRATIA PLENA



L'exploit physique le plus stupide : Sisyphe portant sur son dos Wadeck-Rochet.



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Pour la troisième fois consécutive, un panel international de téléspectateurs a élu le pape François "Pope of the Year".

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Tentative d'assassinat du général de Gaulle au Petit-Clamart par un forcené répondant au nom de Ravaillac : la lame, telle fut la force du coup, aurait traversé d'énormes épaisseurs de Temps, jusqu'à égratigner la vareuse du Général. "Vingt ans après, j'étais bon.", confie-t-il à son majordome, tandis que Tante Yvonne le ravaude.

                         

mercredi 8 juillet 2015

VARIA

Des hauteurs de Festimont, où j'avais pris mes quartiers d'été, j'entendais monter la rumeur du festival.

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Le Salon du Livre et du Sex Toy de Castelnau-Monratier bat son plein, le grésillement des appareils se mêle à la voix des auteurs lisant des extraits de leurs oeuvres.


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Tous les e égarés par M. Georges Perec dans l'ouvrage de sa plume intitulé La Disparition, auraient été retrouvés par un promeneur, dans un sac échoué sur la grève du côté de Cabourg.
    
                           

lundi 6 juillet 2015

LA GÉANTE

Peut-être aura-t-on déjà reconnu cette jeune géante évoquée par Baudelaire dans l'un de ses plus beaux sonnets, et qui aura voulu s'évader du cadre parfait, mais étriqué, de ces quatorze vers visant à la circonscrire? Force nous est d'observer qu'elle n'aura réussi qu'à tant bien que mal insérer son immense corps dans cette nouvelle clôture, métallique, montée sur roues, où ne manque que le poète soi-même pour, accrochant cette vaste remorque au puissant engin motorisé ad hoc, s'installer au volant ... : et les voici partis au hasard du réseau routier français, avec le souci, toutefois, d'un parcours si possible exhaustif, dût-il requérir des années, des lustres, des décennies, qui verront le vieillissant poète engager son convoi exceptionnel jusque dans les villages les plus reculés et, un jour, au terme de son dédaléen circuit hexagonal, entré à grand peine sur la modeste grand-place de la 36.529ème commune inscrite au parcours, voici qu'à bout de forces et au bout du rouleau notre vieux poète-routier, la tête tombée sur le volant, s'endort, et il ne bouge plus ... : et qui sait si, du coup, belle au semi-remorque dormant, sa toujours jeune géante ne va pas, elle, s'éveiller de son long sommeil, largement bailler, voluptueusement s'étirer, souplement se glisser hors du camion ? Et comme si le Temps eût opéré une immense boucle, la voici revenue aux commencements, au sein d'une Nature exubérante, vierge, terrain idéal de ses terribles jeux, mais pour peu que, lasse, elle vienne à s'étendre à travers la campagne, n'aura-t-elle pas la visite d'un petit bonhomme qui jouera, lui, à parcourir ses magnifiques formes, avant de s'endormir à son tour, à l'ombre nonchalante de ses seins?




dimanche 5 juillet 2015

DEUX CRITIQUES SUR LE SITE DE MICHEL VOLKOVITCH

Deux critiques, mai et juillet 2015,  Photoroman et Proustissimots, sur le site volkovitch.com, le blog mensuel, dédaléen et polymorphe, de Michel Volkovitch (littérature, traduction, cinéma, musique, marathon, vélo, humour, « Pubs maison », « Andouille du mois » et autres spécialités), écrivain, blogueur et traducteur de littérature grecque contemporaine.

Dans les Brèves de mai 2015, Photoroman en 47 légendes (2015) Éditions Champ Vallon

Leskov, Balzac, Lawrence, Voronca, parfait... Mais les jeunes ?
Ils vont bien, merci. Témoin Jacques Géraud. Je le connus autrefois, nous étudiâmes ensemble et je me réjouis fort de le retrouver en grande forme. Jeune ? Sinon par les années, du moins par l'esprit, qu'il a mauvais au bon sens du terme, déployant dans ses récents écrits la verve d'un ado surdoué, ricaneur, déchaîné.
Ça s'appelle Photoroman en 47 légendes et c'est publié par l'excellent Champ Vallon. Règle du jeu : une image, de préférence une photo ancienne, insolite ou kitsch ou les deux, est suivie sur une page ou deux d'une description qui la détourne en se vautrant dans l'irrespect et la salacité. Géraud a ses têtes : Jésus et sa maman, la grande sartreuse et son Paulo, Barthes, Duras, Faulkner, dont il se paie la fiole avec une allégresse contagieuse. C'est non seulement d'une drôlerie féroce, mais fort bien écrit, l'auteur allongeant sa phrase comme le séducteur sa proie, avec une volupté, une dextérité consommées, ajoutant au simple comique, de par cette prolifération verbale excessive, inquiétante, une étrangeté vaguement vertigineuse.
Jeu de massacre méchant et gratuit ? Que non ! Si ce pauvre Jésus en prend ici plein les gencives, les victimes littéraires de notre trublion sont moins assassinées que joliment assaisonnées ; rigoler d'eux ici n'empêche nullement de les lire et relire avec vénération. Et si j'imagine mal Géraud faisant retraite chez les trappistes, ses écrits me semblent faire œuvre salubre, et même hautement morale, en nous armant contre les excès du respect et de la bienséance. Dilater la rate, en principe, élargit le cerveau.
L'impertinent consacra naguère à Proust, dans un esprit similaire, trois livres dont un succulent Proustissimots dont je parlerai ici prochainement. Il poursuit l'exercice de la photo détournée sur un blog marrantissime, geronimots.blogspot.com, où il exhibe une collection de mots-valises qui en fait l'un des ténors du genre.

Dans les Brèves de juillet 2015 : Proustissimots - 69 additifs à la Recherche du temps perdu   (2013) Éditions Champ Vallon
 
Un vent de folie, décidément, souffle sur mes dernières lectures.
Jacques Géraud s'était déjà fait remarquer dans les Brèves de mai avec son savoureux Photoroman. On le retrouve aujourd'hui avec Proustissimots, 69 additifs à la Recherche du temps perdu. Règle du jeu : un titre en forme de mot-valise, suivi de sa définition et illustré par un bref pastiche proustien. Exemple :

AMNÉSISTE  Enclin à chuter dans les trous de mémoire
Depuis ma rencontre fortuite, à Balbeach, avec le docteur Alzheimer, je ne faisais plus que tituber sur la digue, en proie à la vague sensation que d'un instant à l'autre j'allais tomber dans un grand trou tout au fond duquel j'aurais au moins l'avantage, dans cette sérénité abyssale, d'oublier tout, à commencer par ce je ne sais quel Temps prétendument perdu dont je pourrais, enfin, dès lors que bel et bien amnésiste, me tamponner le coquillard, en espérant que tranquillement blotti dans ces profondeurs où j'aurais chu, loin des futilités et vanités du monde, je n'aurais pas à voir descendre sur les flancs de mon grand trou, s'aidant de cordes et d'alpenstocks, ma grand-mère et maman et peut-être, qui pis est, multipliées à autant d'exemplaires que de moments du Temps où j'avais eu à les connaître, même si tout me laissait déjà accroire que, ouf, je ne les reconnaîtrais plus.

Géraud avait déjà deux fois (dans Proustites chez P.O.L et Petits proustillants chez PUF) infligé les derniers outrages à l'infortuné Marcel. La vénération quasi universelle qui entoure ce dernier a certainement de quoi exciter la verve d'un maître en irrespect, mais la vraie raison de cet acharnement est sans doute ailleurs, dans la dimension monstrueuse de l'œuvre proustienne, avec ses phrases géantes, son allongement infini. Les scènes imaginées par Géraud, très variées par ailleurs, reproduisent jusqu'à l'obsession la même figure : l'accumulation, la prolifération, la progression d'une phrase à rallonges vers un cataclysme final. Et de ce qui pourrait passer à première vue pour un aimable divertissement littéraire, une farce égrillarde, poilante et bon enfant, dont l'auteur s'adjuge au passage, avec clitorisque, dilsexy, loverdose, lupanard, mamyfestation, nanamorphose, onomatopless, propagandhiste, stupréfaction et quelques autres, le titre convoité de champion de France du lancer de mots-valises, se dégage insensiblement, à force de démesure dans l'écriture, d'exubérance folle et d'étrangeté dans l'imaginaire, un mélange détonant de malaise et d'euphorie porteur d'une poésie d'autant plus séduisante qu'imprévue.


samedi 4 juillet 2015

WORDS WORDS WORDS

Jadis, car c'était en des temps déjà anciens, ce petit homme trapu voire fort entassé, dirait le duc de Saint-Simon, pratiquait le cross-country, puis il enchaîna sur un sport nouveau qui venait juste d'apparaître : le  footing,  puis toujours soucieux d'être à la pointe de  son temps, nous le vîmes se lancer, plus que jamais suant, dans la dernière mode sportive, et qui fit bientôt fureur : le jogging, et le voila qui sous les flashes des photographes vient de se mettre, car c'est le top du top et, sinon peut-être le dernier mot de la chose, le fin du fin, au ... running ! Quant à savoir quel est l'immuable objet perdu, et retrouvable ou non, que notre increvable personnage répétitivement lorgne de son oeil en coin ... Mais nos lecteurs subtils auront déjà mis un nom sur ce monument qu'il croit voir flotter dans une indécidable brume.

jeudi 2 juillet 2015

LA POIRE


"Julien Gracq" : beau, (trop) beau nom d'écrivain, choisi par celui que l'état-civil ne connaissait que sous le patronyme de  "Poirier" (Louis Poirier), difficile à porter, dira-t-on, pour un auteur ? Sans doute, sauf qu'au vu, d'une part, du galbe émouvant du fruit que voilà, et de certain aspect compassé, d'autre part, de l'écriture gracquienne, on se prendra à regretter l'abandon du patronyme de l'arbre qui, si notre auteur se l'était gardé, eût peut-être produit des fruits qui même moins distingués que les produits vendus sous cellophane ou emballage papier bible du verger gracquien, n'en seraient que plus goûteux, plus juteux, pouvant laisser croire qu'au jardin d'Eden jamais l'arbre désirable et prohibé ne produisit la pomme, mais ce "long fruit d'or" qu'un Victor Hugo aura préféré appeler, sans périphrase, poire.
                                     
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                                            Des seins  
                                       ... en pomme ?
                                               ... en poire ?
                                                     ... en pire ?
                                 C'est possible avec P.I.P !!!



mardi 30 juin 2015

UN HOUYHNHNM

Tels les Houyhnhnms de Jonathan Swift, intelligents et vertueux chevaux qui règnent sur les répugnants Yahoos à face humaine, celui-ci considère, à travers sa fenêtre, le ciel, les nuages, le paysage, et  tout en bas les petits hommes affairés à leurs occupations sordides, soit qu'ils s'entretuent à qui mieux mieux, ou qu'ils  adorent quelque Dieu de leur confection, ou qu'ils se reproduisent jusqu'à pulluler, ou qu'ils détruisent les sols,  creusant de grands trous dont les parois s'effondrent et c'est en vain qu'ils voudraient s'extraire de ces tombeaux qui sur eux se referment et que, plus tard, négligemment le beau cheval piétinera, avant de s'éloigner au petit trot, laissant sur la tombe des petits hommes, en guise d'inscription funéraire, le dessin configuré par la marque de ses sabots équins.

dimanche 28 juin 2015

GRAND DÉPART

Les pouvoirs public, sous prétexte de ne pas effaroucher les populations, se gardent de déclassifier ce genre de documents, où l'on découvre les persistants effets d'une journée de grand départ, classée "noire" ... Las de stagner sur cette départementale d'ordinaire si fluide, qu'ils avaient cru bon d'emprunter, au titre d'itinéraire bis, ou ter, ou quater, les conducteurs de ces véhicules ont fini par prendre la fuite, avec femme et enfants, quitte à se perdre dans les bois où ne survivre qu'en se nourrissant de baies et de champignons. Mais sans doute en est-il d'autres, si nous inspections les habitacles, qui refusant toute désertion seront courageusement restés à leur poste, pour bientôt s'y endormir et peut-être, malheureusement, par suite de la contiguïté avec le métal de leur automobile, si l'on peut dire "mobile", commencer  eux aussi de rouiller avec la tôlerie ... : tant et si bien que si les "secours" finissaient un jour par repérer leur colonne, avant que la luxuriance de cette Nature que l'on dit une mère, et qui est une tombe, ne les ait ensevelis, il ne faudra pas trop les secouer, de peur de les voir se résoudre en une poudre ocre qui vous coule dans la main, vous file entre les doigts sauf, messieurs les gendarmes, à consentir à confier à votre képi le soin d'accueillir un peu de cette poudre, aux fins d'analyses ADN dont nous doutons fort, si poussées soient-elles, qu'elles puissent sortir ces échantillons d'une indifférenciation qui semble bien être leur lot.


















jeudi 25 juin 2015

LE PRÉSERVATIF ACTIF


On ne peut plus futuriste, notre préservatif, indestructible et intégral, au splendide et subtil coloris rouge orangé,  s'arrimera si farouchement au bas-ventre de votre partenaire, madame, que tout arrachement en deviendra impossible, et la sécurité sera totale : safety first, telle est notre devise. Et ce n'est pas tout, car non seulement les reliefs subtils qui le nervurent auront de quoi exalter les sensations du couple, mais son matériau unique, adaptatif et progressif, pourra, monsieur, consolider une turgescence qui viendrait à défaillir pendant l'acte. Et ce n'est pas tout : nous l'avons pourvu d'un oeil high-tech relié à des capteurs qui, madame, permettra à votre partenaire de visualiser en direct la séquence de vos contractions intimes! Ainsi pouvons-nous  garantir  même aux couples usés par la durée  ou enterrés dans la routine, un regain libidinal qui, même sans les sauver de rien, les préservera de tout.

mercredi 24 juin 2015

COMPLÈTEMENT CON-TEM-PO-RAIN

    Tu ne sais absolument RIEN faire de tes dix doigts?  Tu n'as AUCUNE connaissance, AUCUNE culture, dans AUCUN domaine ? Tu n'as AUCUN talent, mais AUCUN scrupule? Tu as UN PEU de bagout et BEAUCOUP de culot?
                L'Art-Contemporain a besoin de toi! 
        L'Art-Contemporain te donne un métier!

Toi aussi tu pourras installer des aspirateurs, des bouteilles d'eau minérale, des cailloux, des déchets, des choses, des trucs, des machins, tout ce que tu voudras.

Tu seras dérangeant,  provocant, transgressant!
Tu seras encensé par les ministres, subventionné par les institutions, légitimé par les critiques d'art, exposé dans les galeries, exhibé dans les muséums, acheté par les milliardaires. 
Ceux qui te dénigreront seront des réactionnaires, des passéistes, des fascistes, des ploucs, des nazis, des cons !
Alors n'hésite plus ! rejoins-nous ! Entre vite vite vite dans la grosse bulle artistique-contemporaine qui pourrait bientôt, chose horrible à voir ....   
                       ..... Crac!
                            .......Boum!
                                 ........Pchhhhhh .... 
                                   éclater!
                             exploser!
                               crever ....

                           
                                           

lundi 22 juin 2015

LA LANGUE

Objet des élans de cette belle blonde, sa maman, ce garçonnet en ressortira-t-il indemne? Transverbéré, comme Thérèse d'Avila par le dard du séraphin, par cette langue maternelle qui plus longue, plus souple que celle du tamanoir, lui va de l'une à l'autre oreille, et au-delà, ne va-t-il pas offrir, suite à cet épisode - si plaisant soit-il, au vu de son sourire -, des troubles dysphasiques inconnus des orthophonistes? Même, de tous les mots qu'il lui sera donné d'énoncer dans la suite de sa carrière,  lequel aurait de quoi échapper à des torsions et distorsions de nature à les rendre, tous, méconnaissables? Tant et si bien qu'à l'instar de la Pythie de Delphes, il pourrait être invité à s'asseoir sur quelque haut tabouret pour y proférer, dans les amphithéâtres, des séquences de vocables dont l'audition rassemblera et déchirera les experts, voués à des élucidations peut-être impossibles, et qui n'auront pas fini d'entendre nuit et jour remuer sous leur crâne, comme d'innombrables pièces dans une énorme tire-lire, tout un amas et ramas de mots d'autant plus monstrueux qu'à force de chocs et d'entrechocs, fatalement ils se pénètrent, s'interpénètrent, en une partouze ininterrompue dont la chanceuse  philologie pourrait avoir de quoi mener plus d'un savant, fût-il chenu, fût-il rassis, sinon au crime, comme dans certaine Leçon du sieur Ionesco, du moins aux dérèglements les plus dangereux jusques et y compris la folie, le suicide?

samedi 20 juin 2015

LA FENTE (2)

Le 21 mai dernier, nous évoquions dans nos colonnes certaine faille ou fente immense, énigmatique,  flashée par un reporter du National Geographic qui dans son enthousiasme n'hésitait pas à convoquer le bon vieux cliché de l'origine du monde ... Il se pourrait, quoiqu'il en soit, que sur cette autre image nous retrouvions le même objet, vu cette fois de l'intérieur, avec deux petits bonshommes peut-être engouffrés puis régurgités par ladite faille, Origine ou pas, comme on voudra. Nous conseillerions volontiers à ces deux petits messieurs, plutôt que de s'attarder sur ce seuil, si majestueux soit-il, de se signaler au plus vite au vaisseau croisant au large de la fabuleuse ouverture, pour que changeant de cap il se porte à leur secours, quitte à courir le risque, en dépit ou en raison de ses dimensions, de se voir aimanté puis aspiré puis avalé, de la proue à la poupe, avec armes, équipage et bagages, dans les secrètes profondeurs de la sublime fente.

jeudi 18 juin 2015

PARADIS PERDU

Glorieux centenaire de la boucherie superbe de Waterloo, ce 18 juin 2015 aura vu la miraculeuse parution simultanée, en anglais du tome 4 de la  bluette BDSM Fifty Shades of Grey, en italien de l'encyclique Laudato si'. Pendant que bâillonnée, piercée et menottée, la chaude héroïne du best-seller british se branle,  le Saint Père n'y va pas de main morte, qui dénonce, entre autres plaies, le réchauffement! Même, si nous en croyons un vaticaniste généralement bien informé, la primitive mouture de l'encyclique était beaucoup plus hard, où Sa Sainteté osait soutenir la thèse d'une " porosité " du Paradis aux délétères influences terrestres ... Havre et oasis de fraîcheur, surnaturellement climatisé, ce merveilleux espace, promis aux Élus après le Jugement, pourra-t-il indéfiniment se soustraire, s'interrogeait "François", aux sulfureuses émanations de la "chaudière", "l'étuve", la "fournaise" en gestation ici-bas?  A croire, selon les prélats irrités, que presque déjà hérésiarque le papal auteur de ces lignes ne tarderait pas de voir, dans la Terre l'Enfer, et dans le Paradis sa dépendance ... Loin d'y jouir, dès lors, de la merveilleuse lumière divine, les supposés Élus n'auraient d'autre envie que de se jeter, comme on se défenestre, dans l'illusoire escalier qui les mena vers les trompeuses délices, pour y dégringoler sans fin sous le regard absent de Celui qui, lit-on sous la plume du papal Bergoglio, "ne nous abandonne pas (...) Il ne se repent pas de nous avoir créés." 

mardi 16 juin 2015

MINIBIO : J.-J. ROUSSEAU




ROUSSEAU (J.-J.)  Natif de Genève, musicologue, pédagogue, penseur, auteur, rêveur, promeneur, botaniste, onaniste. Se masturbait pour un oui ou pour un non, menaçant à tout moment de sortir sa queue pour la retourner contre soi. Plus tard, excédés de ses leçons et stimulés par le sieur Voltaire, son farouche concurrent, les Genevois le chassent. Il fait alors figure de Juif errant, parfois poursuivi à coups de pierre par les garnements. On perd sa trace, on le retrouve longtemps après au quartier latin, au fond d'un Mac Do, attablé avec ses potes Robespierre, Saint-Just et un certain Joseph K., les deux premiers acharnés à instruire le procès du troisième, tandis que J.-J. branle le chef, ne sachant à quoi ou à qui opiner

dimanche 14 juin 2015

LE TOUR

Tout fiérot d'arriver en tête au sommet, et d'arborer le maillot à pois  de meilleur grimpeur, ce champion, nouveau Federico Bahamontes ou nouveau Charly Gaul, nouvel Aigle de Tolède ou Ange de la Montagne, ne semble nullement conscient que dans un ou deux dixièmes de seconde il va basculer dans la fatale faille malignement offerte à sa roue, et après lui tout le peloton, autant de pauvres gens promis à dévaler puis se coincer dans cette étroite fente où ils n'ont pas fini de se démener pour tenter de s'extraire, en vain, sans doute en vain, sous les flashes des photographes, voyeurs cyniques d'une agonie vélocipédique qui va mettre un terme à un Tour dont le tracé avait vicieusement prévu une descente impossible?

vendredi 12 juin 2015

LA DISPARITION

lukemaddaford.com

Cet homme - louable intention - a voulu disparaitre, et n'a rien trouvé de mieux que de se coucher sous quatre planchettes, dont il dépasse de toutes parts, le pire étant ses godasses de bipède pointées vers le ciel. Admirons, au contraire, la performance de notre ami le chien, son art de se fondre dans la moquette, à même la texture de laquelle il n'aura pas tardé de se résorber. Et quand le maître (et ce pourrait  bien être, pourquoi pas, le médiocre performer déjà évoqué ?) se relevant, entrant dans son home, appellera et hèlera son chien,"Médor!" "Milou!" ou autre, nul chien ne s'offre à sa vue mais au premier pas de l'homme sur la moquette, et tous les pas suivants, s'il la traverse en tous sens, issu de nulle part et de partout c'est un ironique aboiement qui le poursuit et ne cesse que si, debout, incrédule, ahuri, il ne bouge plus.


mercredi 10 juin 2015

FÊTES GALANTES

Traînant tous les coeurs après soi, ou ceux, du moins, d'un bon paquet de soupirants, cette dame blonde et de bleu vêtue les mène vers quelque   locus amoenus, riante clairière ou murmurante rive où, c'est promis, elle fera son choix. L'élu sera-t-il ce grand monsieur, bien fait de sa personne, qui crut bon de se porter à l'avant du peloton, un peu trop hardiment, peut-être, tant nous sommes d'avis que chacun de ses rivaux aura, lui aussi, des atouts à faire valoir. Celui-ci sourit de toutes ses dents blanches, tel autre a le doigt levé comme pour  scander les vers d'une troublante aubade de sa confection. Et celui-là, donc, au crâne d'oeuf dégarni, doté d'un embonpoint certain, et porteur de grosses lunettes, mais qui a résolument lancé le bras afin de cueillir quelques fleurs dont faire l'offrande agreste à la dame en bleu dont nous voulons croire qu'à l'encontre de certaine Colombine, suivie de Léandre le sot, et de Pierrot, et de Cassandre, et d'Arlequin, et de quelques autres naïfs, elle ne sera pas cette belle enfant méchante qui, nous dit le poète, preste et relevant ses jupes conduit, sinon la marche du monde, au moins son troupeau de dupes.

lundi 8 juin 2015

STAN WAWRINKA SAMUEL BECKETT

    Joie joie pleurs de joie!
Hier à Roland Garros ce ne fut pas Veni Vidi Djokovici,
 bigot de l'Église orthodoxe et homme-sandwich  du gluten free industriel, mais Stan Wawrinka, avec son très pur revers à une main (droite), et avec du ... Beckett, du pur Beckett tatoué sur le bras gauche :
 "Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better"  - "Toujours essayé. Toujours échoué. N'importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux."
Et  - pouvoir de la littérature -  il échoua tellement mieux qu'il l'emporta. 

samedi 6 juin 2015

RENCONTRE AU SOMMET

L'anonymat de ce couple qui nous semble une illustration de l'ennui conjugal, pourrait n'être que le masque de l'incognito de deux VIP de la littérature pour peu que, dans ce monsieur, l'on veuille bien identifier tout bonnement Julien Gracq, auteur désopilant, attablé en face de Marguerite Duras, elle a beau se dissimuler sous un gros bonnet noir. Y aurait-il une liaison secrète entre ces deux monuments? Ou s'agit-il d'une rencontre au sommet, en vue d'une répartition des territoires? Celle-ci voulait-elle entrer vivante dans la Pléiade, à l'instar de celui-là, en qui elle aura vu  un intercesseur? Pour l'heure, en tout cas, la glace n'est pas rompue. Gracq se raccroche morose à sa clope, Duras consulte un mémorandum, ou la modeste carte des vins, encore qu'elle ait toujours préféré, à la qualité, la quantité. Une chose est sûre : dans un moment elle sera pompette, peut-être jusqu'à rouler sous la table, offrant à notre auteur, s'il était Proust, le motif d'une page haute en couleurs. N'étant que Gracq, il va regagner sa vieille maison où relire les lettres récentes ou racornies de ses fervents, autant d'amateurs de grand style, même et surtout amidonné, comme la nappe, au restaurant.

jeudi 4 juin 2015

L'APPARITION

Avec toute la légèreté de leur âge, ces jeunes gens ont cru bon d'applaudir bruyamment l'homme que voici, sans du tout pressentir que s'il ouvre ainsi les bras, s'il lève ainsi la tête, c'est que vient de lui apparaître, comme la Madone à Bernadette Soubirous, rien moins que la RÉPUBLIQUE ! Bouleversante expérience, mystique et fondatrice, dont nous voudrions croire que le tapage des jouvenceaux n'aura pas suffi à troubler la ferveur. Quant à ces deux fauteuils au premier plan, tournant eux aussi le dos au public, notre illuminé aura peut-être le bonheur de s'y asseoir en compagnie de soi-même  ... Marianne, descendue exprès pour lui de l'empyrée. Espérons seulement qu'il ne va pas en profiter pour imiter Arthur Rimbaud qui nous confie : "J'ai assis la Beauté sur mes genoux", sauf que loin de trouver celle-ci "amère", comme le jeune poète déjà blasé, le goujat aura bientôt glissé la main sous sa jupe, avant de la trousser, de la violer, comme un soudard une soubrette, sous les vivats des groupies épatés du toupet de leur petit lider maximo.

mardi 2 juin 2015

L'EXPOSITION

Photo AFP

Arthur Rimbaud, négociant à Harar, Abyssinie, songeait amèrement qu'il pourrait s'exposer lui-même à la prochaine Exposition Universelle "car je crois -  écrit-il le 18 mai 1889 - qu'on doit avoir l'air excessivement baroque après un long séjour dans des pays comme ceux-ci." Rimbaldien à l'insu ou non de son plein gré, l'homme que voici n'aura pas hésité à s'exposer lui-même, ces jours-ci, dans le cadre plaisant de la Biennale de Venise. Même, avant de prendre la pose sur le stand de son galeriste, un sieur Pinault, connu pour ses milliards et célèbre pour son goût, il n'a pas hésité, à des fins clownesques, à se projeter de la crème fraîche sur le visage et le costume. Rien, d'ailleurs, ne semble l'effrayer, si nous en croyons la rumeur qui prétend que dans ses aspirations à la haute voltige philosophique, il se serait hardiment réclamé de l'oeuvre de Jean-Baptiste Botul. Dans un tout autre registre, plus polyvalent qu'un Leonard de Vinci, il aurait mis toutes les lumières de son esprit à convaincre un Président de l'ardente nécessité d'attaquer la Libye. C'est un homme universel, rien ne lui échappe, si ce n'est le sens du ridicule.