Géronimots XXI

dimanche 29 novembre 2015

FRUNCÉ SI VOUS SAVIEZ ...

Facebook Dominick Drouin
A peine tombée, la nouvelle affole la communauté des proustiens : Illiers, Eure-et-loir, ne serait devenu Illiers-Combray que sur la foi d'une erreur tragique,  car c'est le petit village de Fruncé, Eure-et-Loir, qui, et lui seul, mériterait ce label, pour la bonne raison que la véritable maison de la tante Léonie, l'alitée de la Recherche, dont le grand Marcel s'amuse à se dire un avatar, générant la littérature, ne se serait jamais trouvée sur les terres d'Illiers, mais de Fruncé ! "Illiers, écrit le professeur émérite Lestiboudois, dans la première livraison du Nouveau bulletin proustien, n'est redevable de l'imposture de sa fortune qu'au jeu de mots subliminal qui, à l'inconscient abusé des Islériens,  aura  fait croire depuis presque un siècle qu' Il y est ... Lui qui n'y fut jamais, lui qui était à Fruncé, où sur le site de la vraie maison de la tante Léonie, démolie depuis des décennies, règne aujourd'hui le pavillon d'un retraité de la Poste, une maison Phénix ..." ; mais, ajoute le Professeur, "N'avons-nous pas dans ce Phénix l'augure d'une renaissance?". Et d'inviter tous les Islériens, tous les tenants de la toponymie trompeuse, à déserter Illiers pour laisser leurs désirs partir en caravane vers ce Fruncé qui, médiocre bourgade, dès lors que baptisé Fruncé-Combray n'en sera que mieux le support d'une transfiguration. Reste à savoir combien de nos proustiens, même ébranlés dans leur croyance, voudront ou sauront se détacher des murs d'une maison qui, serait-elle illégitime, est aussi sacrée à leurs yeux qu'aux mahométans la pierre noire de la Mecque. Selon  de bons connaisseurs de la confrérie, un schisme n'est pas exclu, avec deux Combray ennemis,  Islériens et Fruncéens se regardant en chien de faïence, s'anathématisant, se lançant la Recherche à la tête ; de nouveaux manuscrits, même, pourraient sortir des tiroirs, de nouvelles paperoles accréditant ou censées accréditer Fruncé. Les plus pessimistes craignent une guerre de cent ans, bien de nature à écorner la gloire inouïe qui nimbe le nom du génial écrivain. Quant à notre professeur émérite, en son inlassable ardeur, aux objets renouvelés, il serait sur le point de lancer un Néo-bulletin voltairien aux fins de météoriquement jeter, dans le jardin des dévots du grand écrivain des Lumières, cette non moins terrible pierre : Ferney-Voltaire est une erreur, le véritable château du philosophe du canton de Gex se dresse à quelques kilomètres de Ferney, dans une localité dont la première livraison du Néo-Bulletin fera éclater le nom. D'autres bisbilles en perspective, dont nous ne manquerons pas d'informer nos lecteurs.


vendredi 27 novembre 2015

ENTRE-DEUX

Photo sur le journal Facebook de Katto Tokyo partagée par Marie-Pierre Wattiez

Au mépris de toutes les consignes, franchissant le périmètre de sécurité ce garçonnet a cru bon de s'approcher au plus près et d'engager sa tête dans cet entre-deux, sous les yeux probablement effarés de ses camarades, hors-cadre, hors-champ, dont nous espérons que faisant promptement la chaîne ils tenteront de décrocher le petit malheureux, en proie à une fascination irrésistible  ... A moins que tout au contraire, un peu moins fou que les autres, il ne soit le dernier survivant de son groupe de copains, pour peu que tous aient tour à tour été happés, comme autant d'insectes par le trop séduisant calice d'une fleur carnivore, et courageusement, faute d'avoir pu les dissuader, il s'est lancé vers le lieu fatal où, s'égosillant, il les hèle, il crie leurs noms dans l'espérance de les voir revenir au jour, mais rien ne répond à sa voix sinon l'écho démesurément amplifié de la banderole sonore des Kevin ... Enzo ... Hugo ...  Mathéo ... Sacha ... Arthur ... Liam ... Lucas ... Nolan ... Maxence ... , tournoyant et se gonflant comme entre les parois d'une sombre caverne.

mercredi 25 novembre 2015

A CROQUER

Sans un regard pour le gros oeuf Fabergé que lui présentent deux éphèbes, ce vieil homme, bizarrement attifé, se frotte les mains à la vue de son autre cadeau, qui semble pourtant moins attractif, consistant en une figurine fixée sur deux planchettes, le tout posé sur un gros coussin, rouge, comme sa drôle de capuche. Il couve cet objet d'un oeil chargé d'une telle convoitise que tout laisse penser que d'un instant à l'autre il va, n'y tenant plus, se ruer, comme un enfant sur un bonhomme en pain d'épices, et ouvrant une bouche grande comme un four nous le verrons qui a commencé de croquer la friandise, avec des dents on dirait de loup même s'il n'est pas exclu que soudain, crac, le vieux glouton vient d'un coup de s'en casser quelques unes sur la substance, jusqu'alors friable, de son cadeau, et qui peut-être se régénérait à mesure que ses ratiches y creusaient des trous, mais sans préavis elle s'est durcie, comme du stuc, comme du marbre, inexpugnable à la mâchoire bien entamée du vieux bougre qui grimaçant de douleur, marmonnant des injures ou des imprécations, jette des regards effarés vers la statuette intacte, impavide, dont nous pressentons qu'il n'aura pas fini, dans la clôture de ses appartements, d'interroger la redoutable énigme.


lundi 23 novembre 2015

FLORIDA SAISON 1

Certains de nos lecteurs auront déjà identifié dans ces trois grâces, délocalisées aux États-Unis, années 60, et comme par hasard - la mention sur la portière l'atteste - en ... Floride, les fameuses jeunes filles en fleurs du bien connu Marcel Proust, shootées en plein tournage d'une série télé qui  devrait, vaille que vaille, acclimater chez nos amis américains l'univers de la Recherche du Temps perdu. Gisèle et Andrée posent modestes au second plan quand la brune Albertine, en bikini jaune, a commencé d'approcher un brave flic qui ne saurait être que notre Marcello, projeté par le scénar hollywoodien dans ce rôle dévolu à lui donner un supplément, sinon d'âme, du moins de virilité. Dans un moment nous le verrons emballer sa conquête dans la Coccinelle, vers quelque plage solitaire où, comme un Sean Connery une Ursula Andress, la posséder sur la grève, à moins que soudainement rattrapée par le Temps la jolie fille ne lui fasse le coup, au premier french kiss, à la première caresse profonde, de se résoudre en un milliard d'atomes de poussière déjà emportés par la mer, ne laissant à notre héros, pour tout vestige, que le slip jaune du bikini dont ses collègues, s'étonnant à peine, car l'ayant toujours trouvé un peu piqué, n'ont pas fini de le voir s'éponger le front, en sueur sous le casque, avant de renfourner cet objet qui lentement se déteinte, se décolore, jusqu'à n'être plus qu'un chiffon sale et froissé mais dont jamais, jusqu'au mot FIN, notre héros ne se désolidarisera.

samedi 21 novembre 2015

LA GARDIENNE














Est-il admissible qu'un gardien, que - pire ! - une gardienne en poste au prestigieux Musée du Louvre, prenne ses aises et s'abandonne à l'instar de celle que voici, surprise en cette pose pendant les heures de service? Et que je te fume une clope, entre deux gorgées d'un ballon de blanc, et que je te croise très haut les jambes, avant de cyniquement les ouvrir, comme pour rivaliser avec certain tableau du Musée d'Orsay, de l'autre côté de la Seine, histoire de montrer qu'au Louvre aussi on a les idées larges ?  Pas au point, tout de même, de tolérer pareilles infractions, au vu de notre deuxième document qui nous suggère que la trop désinvolte gardienne vient de perdre son job ... Et naguère lascive et licencieuse, désormais licenciée, elle poireaute esseulée près du Musée qui l'évinça, dans la prosaïque attente du 39 ou du 95, les mains vides, sans même un carton pour ses effets, et sans qu'aucun Parisien compassionnel, aucun touriste empathique lui adresse ne fût-ce qu'un regard, un sourire en réponse à celui, calculé, qui flottait sur ses lèvres, ou plutôt à cet air narquois où elle se complaisait, et qu'elle n'a pu garder.

jeudi 19 novembre 2015

UN ÉTÉ ENFLAMMÉ EN PACA ?

Je remets en ligne ce texte publié en juillet 2012 sur la Revue en ligne 
du Théâtre du Rond-Point, ventscontraires.net . Texte prémonitoire, j'ose le dire, voire, 
n'ayons pas peur des mots, visionnaire en ce qu'il évoquait toute une efflorescence de dérives 
sectaires, d'une dangerosité certaine pour la région PACA ... Affaire à suivre, donc.


Un été enflammé en PACA ?

Roger Talpoin, le nouveau ministre des Cultes, a du souci. Non 
seulement l'hérésie vaudoise a repris du poil de la bête dans plusieurs 
vallées des Alpes, mais on signale, ici ou là, des processions de 
Flagellants qui n'y vont pas de main morte, occasionnant, de plus, 
une rupture de stock dans les divers modèles de martinets.
 Talpoin doit compter aussi avec une éruption de Fraticelles 
militants, géolocalisés dans la Lozère, mais qui pourraient faire 
des émules jusque dans le Bas-Languedoc. Ce qui ne serait rien si la 
Surveillance des Cultes n'avait signalé une épidémie de Galvanistes dans le  Sud du Dauphiné 
et, déjà, en Haute Provence, combattus jusqu'aux abords du massif des Maures - très combustible, 
comme on sait – par des bandes d'Arianistes, de Docétistes, voire de Nestoriens, autant d'excités qui
voient dans le rite, jusqu'ici consensuel, du pastis, l'occasion idéale d'entrechoquer leurs dogmes et 
d'en venir aux mains dans tous les bistros, bientôt, de PACA. Talpoin panique, dit-on, à la 
perspective d'une contamination des plages sur toute la Côte, inclus Saint-Trop', où les arts conjugués 
de la bronzette et du flirt se verraient dangereusement suppléés, chez les Juillettistes et les Aoûtiens, 
par la rage des excommunications. Homme à poigne, il envisagerait, d'après nos sources, 
d'éteindre l'incendie qui menace en envoyant les canadairs, de sorte à noyer en vrac 
Monophysistes et autres Pélagiens sous les eaux attiédies de l'indifférentisme postmoderne 
néorépublicain.

mardi 17 novembre 2015

"FRANCE MÈRE DES ARTS"

Vu par le quotidien Le Progrès à la Biennale 2015 de Lyon 
Contre la barbarie de Daech, contre son obscurantisme inégalé, la France doit faire appel à toutes les forces de l'esprit, à toutes les ressources de la culture et de l'Art, y compris celui contemporain, trop décrié par les esprits forts qui ne s'épanouissent que dans l'ironie. Nous ne savons pas si ce jeune homme en pantalon révolutionnaire rouge fait partie ou non de l'oeuvre qu'il contemple, mais l'oeuvre est là, devant nous, dans sa force et sa radicalité, dérangeante, perturbante, exigeante, aussi, et nous espérons qu'elle sera suffisamment protégée pour qu'une femme de ménage ne se croie pas tenue, avisant ce que son ignorance crasse lui aura fait prendre pour un foutoir, de le jeter à la poubelle, drame déjà maintes fois vécu par les produits les plus âpres de l'Art Contemporain.

dimanche 15 novembre 2015

OIES BLANCHES


Soigneusement décervelées et dûment reformatées par des experts sur un site ad hoc, cette cargaison d'oies blanches est  en partance pour le Daechland, où elle devrait arriver sous peu si Dieu le Miséricordieux le veut.

vendredi 13 novembre 2015

WAITING FOR

                                                             
Ces voyageurs attendaient leur train, normalement prévu pour 9h11, ou 11h18, ou 18h10, ou 10h32, et ils en sont encore à l'attendre, depuis un laps de temps d'autant plus  indéterminé que le Temps, la notion du temps, il se peut qu'ils l'aient perdue, à supposer qu'ils ne soient pas allés jusqu'à perdre la conscience même qu'ils attendent, ou du moins qu'ils attendent leur train : ils ont beau se tenir en arc de cercle au plus près de la voie, à force de n'avoir aucun signe, sonore ou visuel, de son approche, si lente soit-elle, pire que le plus paresseux des tortillards, l'idée de train en est venue à s'estomper en eux, et a fini par s'abolir, emportant avec elle l'idée de voie ferrée, alors même qu'ils la jouxtent, mais dépourvus désormais du bagage lexical qui leur permettrait de nommer le ballast, les traverses, les rails : ils ne savent plus ce que c'est, sans pour autant être en mesure de s'éloigner de ces deux poutrelles métallique ancrées à même le sol, dont le parallélisme s'étire à perte de vue ... : et peut-être même finiront-ils par s'y engager, par marcher à la queue le leu sur ce support, et si d'aventure, un jour, alors qu'ils marchent depuis, depuis ils ne savent plus quand sur ce chemin de fer (car ainsi l'auront-ils nommé, sans y trouver malice, puisque c'est leur chemin, et qu'il est de fer), si d'aventure ils entendent, au loin, le hululement typique, et s'ils voient s'élever le panache typique, et si le typique grondement leur devient audible, et grandit, grossit, et s'ils voient enfin apparaître, émergeant d'une longue courbe, le Train, tracté par sa locomotive, les voici qui se rangent  au bord de leur chemin de fer, pour laisser passer ce monstre bruyant et fumant qui leur en dispute l'usage, et ils reprennent leur route rectiligne, de leur pas égal, sans se presser, sans traîner, sur leur chemin de fer qui luit à l'infini sous le ciel bas.



... PS qui n'a rien à voir : en cette nuit de terrorisme islamiste à Paris, me revient en mémoire l'une des phrases les plus stupides, les plus irresponsables, que nous devons à la plume pontificale d'André Breton : "L'acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings,à descendre dans la rue et à tirer au hasard tout ce qu'on peut dans la foule". De même le "surréaliste" et futur stalinien Aragon voulait-il ... gifler le cadavre d'Anatole France - lequel a tout de même écrit "Les dieux ont soif ", roman qui décortique la conversion d'un artiste peintre au fanatisme sanguinaire de la Terreur robespierriste.










mercredi 11 novembre 2015

PETIT POILU

                                                                                                                                                                     




Petit Poilu deviendra grand
Si boucherie lui prête vie
S'il échappe aux gaz asphyxiants
S'il s'abstient de mutinerie.

lundi 9 novembre 2015

LA BLESSURE


Sur Facebook Frédéric Atlan


Inscrite à même le tronc d'un arbre,  au plus touffu d'une forêt profonde, cette ligneuse blessure aurait le don, nous dit-on, d'attirer des légions de messieurs, jeunes ou vénérables, qui galopant comme des cabris à travers la sylve, ou s'étayant difficultueusement sur une canne, ou  pendulant sur des béquilles, font route vers le site, aidés d'aucun panneau indicateur mais convaincus que s'il y en avait ils ne feraient que les éloigner de ce but idéal, devenu l'unique objet de leur quête. Il semble, du reste, que la plupart de ces obstinés chercheurs finissent par se perdre en chemin, et ce ne sont pas les quelques uns qui s'en retournent, ou s'y essaient, après avoir réellement approché,  et religieusement touché, palpé, caressé la sinueuse entaille, délicatement ourlée, qui pourraient, le voudraient-ils, guider les égarés tant le souvenir fût-il déjà flou de leur récente expérience, ou déjà ancienne, a tracé dans leur esprit une autre encoche, immatérielle, par où s'est dissipé tout sens de ce que d'ordinaire nous appelons réalité.

samedi 7 novembre 2015

LIBERTÉ

Journal Facebook d'Alice Inthelight
Ce pauvre bougre avait au programme, ce vendredi-là, de se grimper en plein cagnart la pente d'une colline, avec, sans doute pour l'amour du sport, un grand et lourd machin en bois sur le dos ! D'un naturel assez arrogant pour se voir déjà, par la grâce de son exploit, tel un Mohammed Ali le roi du monde, il était allé jusqu'à, semble-t-il, se couronner lui-même, comme Napoléon le jour de son sacre, quand voyez-le traîné par deux agents du parc vers le poste de secours où l'on tentera de le réanimer, sans beaucoup d'espoir à en juger par son visage sans expression, son corps inerte, et cette teinte verdâtre, pour ne pas dire cadavérique, qui se retrouve sur les plis épais de ces voiles dont il avait cru bon de s'envelopper, pour un supplément de sudation ... Mais n'y aurait-il pas là, désormais, une manière de suaire, comme s'il était question, moins de le ramener à la vie que de le conduire au tombeau? Et si d'aventure, plus bravache que jamais, histoire de nous bluffer pour de bon notre homme tentait en sa funèbre clôture de se réanimer tout seul, avec les douteux moyens du bord, ce sera son affaire, et un acte de sa liberté.




jeudi 5 novembre 2015

FATALE

                                       
Ces deux messieurs sont en compétition pour le coeur et le corps de cette blonde, qui semble avoir jeté son dévolu sur le plus BCBG des deux, mais rien ne nous  dit qu'elle ne va pas, se ravisant, élire le bad boy en parka grisâtre, à moins que se refusant à choisir elle ne prenne la paire ? Et nous les verrons s'emmêler tous les trois sur les marches de l'escalier - leur domicile fixe, ou plutôt mobile - et bientôt, en proie à leur fureur érotique, le dégringoler, et peut-être même les malheureux viennent-ils d'amorcer leur descente vers Dieu sait quels souterrains Enfers où en ces lieux sulfureux nous pourrions voir la tignasse de la blondasse s'embraser et brûler, non pas en un moment, mais sans fin, sans que ses deux amants se découragent qui voudraient, non pas éteindre, mais étreindre cette torche qui se tord dans les profondeurs et lentement les calcine, les carbonise, jusqu'à ne laisser de leurs tristes personnes que deux blocs noirâtres piétinés et concassés sous les bottes de la blondasse qui, lascive, ondule dans l'ombre traversée par le feu éternel de ses longs cheveux.



















mardi 3 novembre 2015

GONCOURT

      Homard en mousse
       Foie gras d'oie
Dos de bar cuit à la vapeur
Soufflé glacé au Grand Marnier
… de quoi être soufflé, ou pas, par le menu servi dans le cadre obligé du Drouant au lauréat et au jury de ce déjà lointain Goncourt-là (2011). L'art français de la table vaut sans doute L'Art français de la guerre, mais que les médias ne manquent jamais de nous divulguer le menu Goncourt du Drouant, suggère que ce prix serait, pour un Roland Barthes, une mythologie française, quand avec Mircea Eliade on y lira une hiérophanie, une manifestation du sacré. Grands, petits, moyens, minis, tous nos autres prix littéraires n'ont d'essence que profane, on ne va pas en faire un plat de ce qu’auront mangé et bu jurés et lauréats, quand le Drouant, à l'inverse, est la sainte chapelle où s'autorise et s'opère la manducation du repas eucharistique par les dix apôtres du jury, dommage qu'ils ne soient pas douze, entourant le Messie de l'année. Pour preuve, cette image pieuse où l'impétrant, ravi, les mains largement ouvertes - quoique non stigmatisées -, arbore une longue écharpe qui est une étole liturgique ; et, tel, voyez-le qui sous les spots et les flashs, garants techniques de la transfiguration, sanctifie la nappe blanche de la Cène. Ecce homo.






dimanche 1 novembre 2015

SEPTUPLE SAUT


 

Vos chroniques

Jacques Géraud
Septuple Saut
J'ai très envie que les prochains JO, ou les suivants, en 2024 ou 2048 ou 2096, je m'emmêle un peu les pinceaux dans les dates, se tiennent chez nous, en France, à Paris ! M'est avis que mes chances en seraient plus fortes d'être sélectionné dans l'équipe nationale. Quant à la spécialité, moins polyvalent qu'un Jesse Owens, je crois que je choisirai le ... voyons, le, voilà, le, c'est ça, le, mais oui, le, très bien, le, parfaitement, le, c'est dit : septuple saut !!!!!!! Le septuple saut en longueur, et si je suis le tout premier à m'illustrer dans cet art, je n'irai pas m'en plaindre, ravi et plus que ravi d'avoir établi ce record olympique-là, qu'il appartiendra aux générations futures, s'il y en a, d'améliorer, voire de pulvériser. Je promets à mes challengers que je suivrai leurs tentatives devant mon poste de télé, les applaudissant s'ils le méritent, nullement jaloux des compétiteurs qui m'auront dépossédé de mon titre olympique de Septuple Sauteur, pourvu que tout en les regardant, les admirant et les ovationnant, je puisse machinalement tripoter, comme un dévot son chapelet, ma médaille d'or accrochée à mon cou ou discrètement rangée dans ma poche où je m'imagine qu'avec mes doigts qui passent, qui repassent, astiquée de la sorte, pas que durant les JO, mais tous les jours, tous les jours, elle va continuer de luire, dans l'ombre de la poche de mon pantalon, quitte à lentement s'user, comme moi, et nous vieillirons ensemble, ma médaille d'or et moi.

vendredi 30 octobre 2015

LE CERTIFICAT


Nous  avons le plaisir de porter à la connaissance de  nos lecteurs le Certificat ci-joint, rédigé dans la langue dite "de Molière", et attestant avec tout le sérieux administratif requis le bienheureux état virginal d'une sainte personne répondant au prénom de Marie,  qui aurait obtenu, Dieu sait comment, de doubler cet état de celui de ... mère! Mais ce n'est pas tout, s'il est vrai que le support physique dudit Certificat, jauni par les temps et dentelé sur les bords, ce ne serait pas un quelconque vélin, papyrus, ou  autre parchemin, comme un examen superficiel pourrait le laisser croire, mais ... la membrane même de la virginité! Ô combien précieux objet que cette dame, sentant sa fin prochaine, aura donc généreusement confié à qui de droit pour qu'un jour, délicatement déplié par une main experte, il pût recevoir, tracés d'une plume miraculeusement légère, les mots qui certifient ce qu'il en est de celle qui avait en lui son trésor inaltérable. 


















mardi 27 octobre 2015

LE TEMPLE

Photo journal Facebook Alain Rothstein 
Ce dévot aura poussé le zèle jusqu'à faire de sa personne même le temple de la divinité ! Ses yeux immensément agrandis témoignent de l'effort qui dut être sien, mais sa joie doit être extrême à sentir que sur son chef le fameux insigne et symbole vient délicatement de se poser, et tant pis s'il s'ensuivait un léger chatouillis, d'abord imperceptible, puis de plus en plus obsédant, au point d'être cause, à notre dévot personnage, pétrifié et sanctifié, d'une sorte de tremblement intérieur qui pourrait s'exprimer par une lézarde, courant sur sa pieuse façade et s'allongeant, s'élargissant jusqu'à tant qu'horrifiés, nous signant à ce spectacle, nous ayons à voir l'édifice se fendre et s'écrouler à grand fracas, changé en un monceau de moellons dont nous pourrions avoir la divine surprise de voir lentement s'extirper, comme en une difficile naissance, un homme presque nu, les hanches à peine couvertes d'un pagne, qui hâve, échevelé, tremblant et tout en sueur a sur son dos l'emblème même qui, avant sa destruction, surmontait la sainte bâtisse, et voici que grimpant la pente instable de cet amas pyramidal, dont il s'est extrait, elle s'étire devant lui et c'est, déjà, une colline caillouteuse, promise à s'agrandir en une véritable montagne de pierres et de gravats que le pauvre bougre n'aura pas fini de gravir, tombant, se relevant sur ses tremblantes guiboles, noyé de sueur, zébré d'écorchures, et grimpant toujours, toujours grimpant tel un Sisyphe dont le gigantesque bloc serait la montagne foulée par ses pieds nus, et le faix l'emblème cruciforme qui, naguère léger, ne cesse de s'alourdir sur son dos.

dimanche 25 octobre 2015

LAKE POETS


Quelle limo, on se le demande, serait assez  longue pour, de pare-chocs à pare-chocs, occuper  sur  cette aire  un espace  correspondant à la banderole graphique qui orgueilleusement déploie le toponyme d'un lake dont la surface, hélas, pourrait s'avérer inversement proportionnelle à son nom, lequel aurait reçu mission de compenser, par son gigantisme, le minimalisme d'une pièce d'eau pompeusement baptisée "lac" quand ce n'est tout au plus qu'une minuscule mare, grande comme un mouchoir de poche, voire une simple flaque et un moment après l'orage elle aura séché au soleil, dénuée dès lors de toute réalité aquatique, telle aujourd'hui la malheureuse mer d'Aral, mais riche, fabuleusement riche de la séquence des quarante cinq lettres d'un nom qui est la véritable attraction locale, car nul doute que le dimanche c'est un flux de touristes qui allant au lake n'auront pas jugé bon de se pourvoir d'un costume de bain, si tant est que cet attribut soit utile, ni d'une épuisette pour tenter de happer le nom immense et, l'énonçant à haute et intelligible voix, en déployer les anneaux serpentiformes pour, l'ayant enfin mémorisé, le ramener à la maison et jusque dans leur lit, avant de s'endormir, littéralement s'enrouler dans cette immatérielle écharpe qui n'en finira pas d'onduler, langoureuse, au plus secret des rêves de ces poètes du lac.







vendredi 23 octobre 2015

ROMA TERMINI



 On nous signale  que quelques centaines de messieurs d’âge mûr, vêtus d’une  robe noire qui leur tombe jusqu'aux pieds,    ceints d'une large et longue étoffe tantôt violette, tantôt pourpre, et coiffés d’un drôle de petit béret de même couleur, se seraient hermétiquement enclos dans une manière de palais pour  délibérer sur le chapitre de la Famille. Chose extraordinaire, si nous en croyons nos informateurs, aucun de ces messieurs en robe n’a fondé de famille ; aucun d’entre eux n’est marié ni ne vit maritalement, et tous ont fait le serment solennel, devant une figurine en bois ou en stuc qu'ils révèrent, où douloureusement s'accroche un homme jeune quasi nu, de ne jamais approcher intimement la Femme !  Or, ayant dûment et longuement délibéré dans la clôture de leur palais, on nous dit qu’ils devraient légiférer sur ces choses pour eux si ténébreuses, avant de donner la parole à leur représentant, vieillard sorti de leurs rangs, presque octogénaire, qui se signale aux regards de s’envelopper d’une robe toute blanche. Nous avouerons que nous avons peine à ajouter foi à des dires si étranges. Il s’agirait plutôt, selon nous, considérant les tenues colorées de ces personnages, d’une sorte d’assemblée carnavalesque, d’autant plus qu’ils ont avec eux, ou rôdant dans les couloirs, quelques dizaines de jeunes hommes de haute taille, vêtus d’un costume bariolé de type médiéval, et qui s’amusent à brandir des lances dont nous voulons croire qu'ils ne vont pas les en percer. Tout cela, rassurons-nous, devrait finir par des chansons à boire, tout ce monde ressortira pompette et si d’aventure le vieux bonhomme en blanc veut tout de même articuler, du haut des escaliers de marbre, quelques mots bien sentis sur la Famille, nous le verrons qui bafouille, s’étouffe, pouffe, et par contagion toute la bande se gondole sur le parvis, comme pour signifier que cette affaire d’une assemblée prétendument en charge de magistralement traiter d’une question qui lui est impénétrable, c’était une bonne blague.

mercredi 21 octobre 2015

FERRARI

En peinture Simone ! Alain Créhange , Fage éditions
Ce conducteur n’est peut-être pas trop content d'avoir reçu en partage une simple dedeuche, même si ce papier que, l'air de rien, lui tend le monsieur, depuis sa guitoune, pourrait avoir de quoi lui remonter le moral ? Surtout si c’était un bon d’échange de l'humble dedeuche contre une luxueuse BM, voire une aristocratique Jaguar, voire une rouge Ferrari ? Auquel cas, poussant à fond le foudroyant moteur, tout au bout de la route toute droite nous pourrions voir notre homme soudain s’arracher du bitume, et tout simplement décoller ?  Et déjà, tout réjoui, notre audacieux pilote perfore les gros nuages gris qui à son fulgurant passage, comme par  contagion, se colorent en rouge, et il grimpe toujours dans le ciel qui toujours davantage rougeoie tandis que la Ferrari se déteinte jusqu’à devenir de plus en plus terne, ternasse et même, comme usée par ses efforts de complète recoloration du paysage céleste, pourrait tout bonnement finir par disparaître comme si elle s'était  corps et biens abolie, désormais introuvable quand bien même le majestueux monsieur, qui officiait dans la guitoune, ayant pris son bâton de pèlerin aurait entrepris d’aller à sa recherche en arpentant, inlassable, les rouges édredons des énormes nuages, cherchant des indices d’autant plus insituables que, du pilote et du bolide abolis, ne subsiste, émané de nulle part ou de partout, que le vrombissement caractéristique sonorisant les célestes espaces illimités aux ondoyants reliefs, rouges, que le grand vieillard appuyé sur sa canne semble voué à parcourir sans fin.    

lundi 19 octobre 2015

LE RUGBALL

Les bleus à l’âme n’étaient que trop perceptibles, le week-end dernier, chez les supporters d’un XV de France anéanti par les All Blacks, tandis que nombre d’amants du foot peinent à se remettre des vilenies de la FIFA, impliquant éventuellement leur cher "Platoche", sans parler, pour les fans les plus vertueux de l'illustre PSG, de le savoir, comme la Coupe du Monde 2022, 100% qatarisé … D’où l’idée, déjà en germe depuis quelque temps chez plus d’un cerveau footballistique ou rugbystique désenchanté, de créer dans notre pays un sport collectif inconnu, promis à représenter l’heureuse synthèse des deux entités que ces novateurs voudraient voir défuntes : le rugball ! Et s’il est vrai, comme nous l'assure le Saint Livre, qu'au commencement il y a le Verbe, la suite physique, matérielle et concrète – règles, sponsors etc. -  devrait bientôt arriver et se dérouler comme la verte pelouse sous les crampons des futures équipes - à  26 (15+11) joueurs ? – poussant du pied et lançant de la tête et des mains un ballon qui  -   c'est le hic, de l'avis des putatifs rugballeurs   -   aura à s'affranchir de la sphéricité comme de l’ovalité, figurant un objet tridimensionnel aussi introuvable peut-être que, dans le Ciel vide, un bon Dieu qui apparemment ne joue plus.



samedi 17 octobre 2015

JEREMY COMPTON-CALL

Peut-être aura-t-on déjà reconnu, sur cette photo volée, le fameux écrivain misanthrope  du Minnesota : soi-même Jeremy Compton-Call ! Nous le découvrons ici dans ses oeuvres, consistant à s'imbiber dès son réveil, généralement vers midi, et ce jusqu'à une heure avancée de la nuit. Jeremy a beau tenir assez bien l'alcool (tous les alcools, y compris, si la cave est vide, celui pharmaceutique à 90°), on peut comprendre que l'écriture d'un roman lui prenne une bonne douzaine d'années. A la différence d'un Jim Harrison, le romancier du Montana, Jeremy Compton-Call ne chasse pas, ne pêche pas, ne s'intéresse pas à la nature : il boit. Boire l'empêche pratiquement d'écrire, mais il ne saurait écrire s'il ne boit pas. Alcoholic, qu'il considère comme son roman majeur, narre sur quelque cinq cents pages ses déboires de buveur. Il ne cache pas que sa plus grande ambition serait de faire mieux, alcooliquement parlant, qu'Hemingway, Faulkner, et J.Scott Fitzgerald - autre natif du Minnesota -  réunis, et c'est sur un tonitruant "Je les écraserai!" qu'il concluait une interview au Minnesota Tribune, en débouchant une nouvelle bouteille de gin, ou de rhum, ou de vodka, ou de pastis, ou de vin,  rien de ce qui est alcool ne lui étant étranger.

jeudi 15 octobre 2015

OUVERTURE PROGRESSIVE DES ORIFICES

Alicia Martin
Enfouis dans l'énorme masse opaque de la Rentrée Littéraire d'Automne, ce sont souvent les livres les plus forts qui deviennent l'objet de la cécité générale. Ainsi le dernier né de Katarina von M : Ouverture progressive des orifices. On ne résume pas un tel ouvrage, son ambition est prodigieuse, qu'il nous suffise d'avertir le lecteur putatif que dès les premières pages, un gouffre s'ouvrira sous ses pieds, un vertige affolera son être, et s'il n'a pas le réflexe salvateur - s'il n'est pas déjà trop tard - non seulement de refermer le volume mais, ainsi le jeune Nathanael,  enjoint par le narrateur des Nourritures terrestres,  de le jeter par la fenêtre, il est perdu, tout comme le passant qui va ramasser le livre tentateur, gisant sur le trottoir, et tout en marchant il le feuillette, il est happé, il ne voit plus rien de la réalité matérielle, qu'une plaque d'égout vienne d'être ôtée, et il tombe, il tombe avec à la main l'Ouverture progressive des orifices, il tombe comme tombent les marins dans le maelström d'Edgar Poe , et peut-être lui non plus ne le verra-t-on jamais remonter. 

  

mardi 13 octobre 2015

HAÏKULTURE

               Le miroir
          Réfléchit
          Le vide

         La jolie fille
         Ciseau de ses jambes
         Clic clac

          Le tamanoir
          A lancé sa langue
          Trop tard

dimanche 11 octobre 2015

L'APPARITION

Cet homme en robe brune, au chef  fort dégarni, surmonté d'un cerceau en sustentation, vient de voir lui apparaître à portée de main la représentation géométrisée du  - quoi d'autre?... - sexe d'une femme,  dûment frangé du riche appareil des poils prévus par la nature, et voici que dans l'ovale de cette vulve s'est encadrée une curieuse figure mythologique, déployée sur un support de bois et tout emplumée au-desous de la taille ... Bien évidemment le bonhomme scrute avec intérêt ce dispositif, avant que de, peut-être, s'il l'ose, lancer le bras pour agripper cette hybride créature aux fins de l'extraire, tel un obstétricien dans la phase cruciale d'une parturition, sans avoir du tout l'assurance, et nous non plus, que le sujet va consentir à se laisser arracher à cette niche écologique qu'il pouvait considérer, après tout, comme son éternel séjour? Auquel cas nous pouvons parier que repliant son support, ou se débrouillant pour se mettre sur un axe oblique, il va en toute hâte regagner les matricielles profondeurs de sa demeure, et notre homme en robe bure se retrouver Grosjean comme devant, et d'autant plus que le beau vestibule vulvaire, s'il y voyait l'objet de ses éventuelles investigations, vient, à peine apparu, de s'escamoter dans les plis de la nue turquoise.