Géronimots XXI

mardi 27 octobre 2015

LE TEMPLE

Photo journal Facebook Alain Rothstein 
Ce dévot aura poussé le zèle jusqu'à faire de sa personne même le temple de la divinité ! Ses yeux immensément agrandis témoignent de l'effort qui dut être sien, mais sa joie doit être extrême à sentir que sur son chef le fameux insigne et symbole vient délicatement de se poser, et tant pis s'il s'ensuivait un léger chatouillis, d'abord imperceptible, puis de plus en plus obsédant, au point d'être cause, à notre dévot personnage, pétrifié et sanctifié, d'une sorte de tremblement intérieur qui pourrait s'exprimer par une lézarde, courant sur sa pieuse façade et s'allongeant, s'élargissant jusqu'à tant qu'horrifiés, nous signant à ce spectacle, nous ayons à voir l'édifice se fendre et s'écrouler à grand fracas, changé en un monceau de moellons dont nous pourrions avoir la divine surprise de voir lentement s'extirper, comme en une difficile naissance, un homme presque nu, les hanches à peine couvertes d'un pagne, qui hâve, échevelé, tremblant et tout en sueur a sur son dos l'emblème même qui, avant sa destruction, surmontait la sainte bâtisse, et voici que grimpant la pente instable de cet amas pyramidal, dont il s'est extrait, elle s'étire devant lui et c'est, déjà, une colline caillouteuse, promise à s'agrandir en une véritable montagne de pierres et de gravats que le pauvre bougre n'aura pas fini de gravir, tombant, se relevant sur ses tremblantes guiboles, noyé de sueur, zébré d'écorchures, et grimpant toujours, toujours grimpant tel un Sisyphe dont le gigantesque bloc serait la montagne foulée par ses pieds nus, et le faix l'emblème cruciforme qui, naguère léger, ne cesse de s'alourdir sur son dos.

dimanche 25 octobre 2015

LAKE POETS


Quelle limo, on se le demande, serait assez  longue pour, de pare-chocs à pare-chocs, occuper  sur  cette aire  un espace  correspondant à la banderole graphique qui orgueilleusement déploie le toponyme d'un lake dont la surface, hélas, pourrait s'avérer inversement proportionnelle à son nom, lequel aurait reçu mission de compenser, par son gigantisme, le minimalisme d'une pièce d'eau pompeusement baptisée "lac" quand ce n'est tout au plus qu'une minuscule mare, grande comme un mouchoir de poche, voire une simple flaque et un moment après l'orage elle aura séché au soleil, dénuée dès lors de toute réalité aquatique, telle aujourd'hui la malheureuse mer d'Aral, mais riche, fabuleusement riche de la séquence des quarante cinq lettres d'un nom qui est la véritable attraction locale, car nul doute que le dimanche c'est un flux de touristes qui allant au lake n'auront pas jugé bon de se pourvoir d'un costume de bain, si tant est que cet attribut soit utile, ni d'une épuisette pour tenter de happer le nom immense et, l'énonçant à haute et intelligible voix, en déployer les anneaux serpentiformes pour, l'ayant enfin mémorisé, le ramener à la maison et jusque dans leur lit, avant de s'endormir, littéralement s'enrouler dans cette immatérielle écharpe qui n'en finira pas d'onduler, langoureuse, au plus secret des rêves de ces poètes du lac.







vendredi 23 octobre 2015

ROMA TERMINI



 On nous signale  que quelques centaines de messieurs d’âge mûr, vêtus d’une  robe noire qui leur tombe jusqu'aux pieds,    ceints d'une large et longue étoffe tantôt violette, tantôt pourpre, et coiffés d’un drôle de petit béret de même couleur, se seraient hermétiquement enclos dans une manière de palais pour  délibérer sur le chapitre de la Famille. Chose extraordinaire, si nous en croyons nos informateurs, aucun de ces messieurs en robe n’a fondé de famille ; aucun d’entre eux n’est marié ni ne vit maritalement, et tous ont fait le serment solennel, devant une figurine en bois ou en stuc qu'ils révèrent, où douloureusement s'accroche un homme jeune quasi nu, de ne jamais approcher intimement la Femme !  Or, ayant dûment et longuement délibéré dans la clôture de leur palais, on nous dit qu’ils devraient légiférer sur ces choses pour eux si ténébreuses, avant de donner la parole à leur représentant, vieillard sorti de leurs rangs, presque octogénaire, qui se signale aux regards de s’envelopper d’une robe toute blanche. Nous avouerons que nous avons peine à ajouter foi à des dires si étranges. Il s’agirait plutôt, selon nous, considérant les tenues colorées de ces personnages, d’une sorte d’assemblée carnavalesque, d’autant plus qu’ils ont avec eux, ou rôdant dans les couloirs, quelques dizaines de jeunes hommes de haute taille, vêtus d’un costume bariolé de type médiéval, et qui s’amusent à brandir des lances dont nous voulons croire qu'ils ne vont pas les en percer. Tout cela, rassurons-nous, devrait finir par des chansons à boire, tout ce monde ressortira pompette et si d’aventure le vieux bonhomme en blanc veut tout de même articuler, du haut des escaliers de marbre, quelques mots bien sentis sur la Famille, nous le verrons qui bafouille, s’étouffe, pouffe, et par contagion toute la bande se gondole sur le parvis, comme pour signifier que cette affaire d’une assemblée prétendument en charge de magistralement traiter d’une question qui lui est impénétrable, c’était une bonne blague.

mercredi 21 octobre 2015

FERRARI

En peinture Simone ! Alain Créhange , Fage éditions
Ce conducteur n’est peut-être pas trop content d'avoir reçu en partage une simple dedeuche, même si ce papier que, l'air de rien, lui tend le monsieur, depuis sa guitoune, pourrait avoir de quoi lui remonter le moral ? Surtout si c’était un bon d’échange de l'humble dedeuche contre une luxueuse BM, voire une aristocratique Jaguar, voire une rouge Ferrari ? Auquel cas, poussant à fond le foudroyant moteur, tout au bout de la route toute droite nous pourrions voir notre homme soudain s’arracher du bitume, et tout simplement décoller ?  Et déjà, tout réjoui, notre audacieux pilote perfore les gros nuages gris qui à son fulgurant passage, comme par  contagion, se colorent en rouge, et il grimpe toujours dans le ciel qui toujours davantage rougeoie tandis que la Ferrari se déteinte jusqu’à devenir de plus en plus terne, ternasse et même, comme usée par ses efforts de complète recoloration du paysage céleste, pourrait tout bonnement finir par disparaître comme si elle s'était  corps et biens abolie, désormais introuvable quand bien même le majestueux monsieur, qui officiait dans la guitoune, ayant pris son bâton de pèlerin aurait entrepris d’aller à sa recherche en arpentant, inlassable, les rouges édredons des énormes nuages, cherchant des indices d’autant plus insituables que, du pilote et du bolide abolis, ne subsiste, émané de nulle part ou de partout, que le vrombissement caractéristique sonorisant les célestes espaces illimités aux ondoyants reliefs, rouges, que le grand vieillard appuyé sur sa canne semble voué à parcourir sans fin.    

lundi 19 octobre 2015

LE RUGBALL

Les bleus à l’âme n’étaient que trop perceptibles, le week-end dernier, chez les supporters d’un XV de France anéanti par les All Blacks, tandis que nombre d’amants du foot peinent à se remettre des vilenies de la FIFA, impliquant éventuellement leur cher "Platoche", sans parler, pour les fans les plus vertueux de l'illustre PSG, de le savoir, comme la Coupe du Monde 2022, 100% qatarisé … D’où l’idée, déjà en germe depuis quelque temps chez plus d’un cerveau footballistique ou rugbystique désenchanté, de créer dans notre pays un sport collectif inconnu, promis à représenter l’heureuse synthèse des deux entités que ces novateurs voudraient voir défuntes : le rugball ! Et s’il est vrai, comme nous l'assure le Saint Livre, qu'au commencement il y a le Verbe, la suite physique, matérielle et concrète – règles, sponsors etc. -  devrait bientôt arriver et se dérouler comme la verte pelouse sous les crampons des futures équipes - à  26 (15+11) joueurs ? – poussant du pied et lançant de la tête et des mains un ballon qui  -   c'est le hic, de l'avis des putatifs rugballeurs   -   aura à s'affranchir de la sphéricité comme de l’ovalité, figurant un objet tridimensionnel aussi introuvable peut-être que, dans le Ciel vide, un bon Dieu qui apparemment ne joue plus.



samedi 17 octobre 2015

JEREMY COMPTON-CALL

Peut-être aura-t-on déjà reconnu, sur cette photo volée, le fameux écrivain misanthrope  du Minnesota : soi-même Jeremy Compton-Call ! Nous le découvrons ici dans ses oeuvres, consistant à s'imbiber dès son réveil, généralement vers midi, et ce jusqu'à une heure avancée de la nuit. Jeremy a beau tenir assez bien l'alcool (tous les alcools, y compris, si la cave est vide, celui pharmaceutique à 90°), on peut comprendre que l'écriture d'un roman lui prenne une bonne douzaine d'années. A la différence d'un Jim Harrison, le romancier du Montana, Jeremy Compton-Call ne chasse pas, ne pêche pas, ne s'intéresse pas à la nature : il boit. Boire l'empêche pratiquement d'écrire, mais il ne saurait écrire s'il ne boit pas. Alcoholic, qu'il considère comme son roman majeur, narre sur quelque cinq cents pages ses déboires de buveur. Il ne cache pas que sa plus grande ambition serait de faire mieux, alcooliquement parlant, qu'Hemingway, Faulkner, et J.Scott Fitzgerald - autre natif du Minnesota -  réunis, et c'est sur un tonitruant "Je les écraserai!" qu'il concluait une interview au Minnesota Tribune, en débouchant une nouvelle bouteille de gin, ou de rhum, ou de vodka, ou de pastis, ou de vin,  rien de ce qui est alcool ne lui étant étranger.

jeudi 15 octobre 2015

OUVERTURE PROGRESSIVE DES ORIFICES

Alicia Martin
Enfouis dans l'énorme masse opaque de la Rentrée Littéraire d'Automne, ce sont souvent les livres les plus forts qui deviennent l'objet de la cécité générale. Ainsi le dernier né de Katarina von M : Ouverture progressive des orifices. On ne résume pas un tel ouvrage, son ambition est prodigieuse, qu'il nous suffise d'avertir le lecteur putatif que dès les premières pages, un gouffre s'ouvrira sous ses pieds, un vertige affolera son être, et s'il n'a pas le réflexe salvateur - s'il n'est pas déjà trop tard - non seulement de refermer le volume mais, ainsi le jeune Nathanael,  enjoint par le narrateur des Nourritures terrestres,  de le jeter par la fenêtre, il est perdu, tout comme le passant qui va ramasser le livre tentateur, gisant sur le trottoir, et tout en marchant il le feuillette, il est happé, il ne voit plus rien de la réalité matérielle, qu'une plaque d'égout vienne d'être ôtée, et il tombe, il tombe avec à la main l'Ouverture progressive des orifices, il tombe comme tombent les marins dans le maelström d'Edgar Poe , et peut-être lui non plus ne le verra-t-on jamais remonter. 

  

mardi 13 octobre 2015

HAÏKULTURE

               Le miroir
          Réfléchit
          Le vide

         La jolie fille
         Ciseau de ses jambes
         Clic clac

          Le tamanoir
          A lancé sa langue
          Trop tard

dimanche 11 octobre 2015

L'APPARITION

Cet homme en robe brune, au chef  fort dégarni, surmonté d'un cerceau en sustentation, vient de voir lui apparaître à portée de main la représentation géométrisée du  - quoi d'autre?... - sexe d'une femme,  dûment frangé du riche appareil des poils prévus par la nature, et voici que dans l'ovale de cette vulve s'est encadrée une curieuse figure mythologique, déployée sur un support de bois et tout emplumée au-desous de la taille ... Bien évidemment le bonhomme scrute avec intérêt ce dispositif, avant que de, peut-être, s'il l'ose, lancer le bras pour agripper cette hybride créature aux fins de l'extraire, tel un obstétricien dans la phase cruciale d'une parturition, sans avoir du tout l'assurance, et nous non plus, que le sujet va consentir à se laisser arracher à cette niche écologique qu'il pouvait considérer, après tout, comme son éternel séjour? Auquel cas nous pouvons parier que repliant son support, ou se débrouillant pour se mettre sur un axe oblique, il va en toute hâte regagner les matricielles profondeurs de sa demeure, et notre homme en robe bure se retrouver Grosjean comme devant, et d'autant plus que le beau vestibule vulvaire, s'il y voyait l'objet de ses éventuelles investigations, vient, à peine apparu, de s'escamoter dans les plis de la nue turquoise.

vendredi 9 octobre 2015

MANHATTAN A/R

Cette jeune femme laissait complaisamment l'air chaud, pulsé par une grille du métro de Manhattan, soulever sa robe blanche quand, inexplicable accident, les spectateurs jusqu'alors rigolards, émoustillés par les cuisses de la dame, la virent, ahuris, soudain soulevée tout entière et en un rien de temps elle grimpait dans le ciel, saluée par leurs mouchoirs et chahutée par les courants atmosphériques, et la voici qui au terme d'une croisière  aérienne erratique aura atterri et même piqué du nez fort loin du lieu de son envol, voire à quelques milliers de kilomètres qu'elle aura apparemment mis à profit pour très sensiblement agrandir ses dimensions, sans réussir pour autant, dans ce cadre désolé désormais sien, à susciter l'intérêt des locaux si nous en jugeons par ce spécimen passant sous son chapeau placide ... Tout au plus pouvons-nous souhaiter à l'étrangère la venue inopinée de quelque garçonnet qui, tombé en arrêt derrière la mousseuse robe blanche éternellement en l'air, n'aura de cesse de déguster le spectacle, comme de la chantilly, assis dans l'axe idéal sur quelque grosse pierre comme si, en proie à sa fascination, lui-même allait se pétrifiant jusqu'à figurer l'autre élément d'un duo statuaire qui  pourrait prendre place, un jour, dans un musée de Manhattan?


mercredi 7 octobre 2015

L'USINE

L'un de nos correspondants vient de nous transmettre une information des plus préoccupantes, concernant un site industriel dont on nous pardonnera de ne pas livrer les coordonnées ... La disposition  et configuration actuelle des énormes tuyauteries que nous révèle  ce document exclusif, serait la résultante d'un très lent processus de déplacement, longtemps passé inaperçu, mais au point où en sont les choses peut-on encore se voiler pudiquement la face? Ne faudrait-il pas, tout au contraire, anticiper le moment où les deux énormes structures métalliques entrant en contact étroit, pour ne pas dire intime, de si puissantes vibrations pourraient s'ensuivre, et qui iront toujours s'amplifiant, et se communiquant à l'ensemble de l'immense édifice industriel, que c'est toute l'usine, la fabrique, la manufacture (de quoi? nous avouerons que nous l'ignorons) qui irrésistiblement devrait se mettre à trembler, toujours plus fort, dans un vacarme de plus en plus terrible et, c'était fatal, c'est le formidable appareil des poutrelles, tuyaux et autres tubulures qui en proie à ce séisme interne, n'y tenant plus, va devoir éclater puis s'écrouler pour donner lieu à une monstrueuse pyramide de débris métalliques, comme une chape enveloppant, sans réussir à celer tout à fait ses bruits et ses frémissements, l'éternelle action en cours dans la secrète chambre pharaonique.


















lundi 5 octobre 2015

ORANGE

Photo proposée par Fabrice Lefaix sur FB

Ce couple de touristes  vient  tout juste de signer un juteux contrat publicitaire avec l’entité entrepreneuriale flatteusement désigné dans les médias comme l’opérateur historique. Il n'y aurait donc rien d'étonnant qu' au prochain cliché, au prochain lacet, la fameuse couleur orange, emblématique dudit opérateur, ait déjà entrepris de se propager au-delà du bob de l'homme et du bandeau ornemental de la caravane, jusqu’à progressivement envahir et recouvrir  toute la surface de l’élément tracté, toute la carrosserie, actuellement noire et blanche, du modeste véhicule automobile, tous les vêtements de l’homme au bob, et ceux de sa charmante fiancée, et le plaid sur quoi ils sont tendrement assis, et jusqu’à l’herbe de la prairie, au goudron de la route, au paysage en son entier, jusqu’au ciel immémorialement bleu qui ira, lui aussi, s’orangeant, en sorte qu’au sein de cette monochromie nous verrons tous les éléments en venir à perdre, à force de s’y fondre, toute individualité, et sauf  à faire le 15 sur son portable pour que les secours accourent aux fins de l’extraire, de tenter de l’extraire, notre petit couple se sera si bien dissous dans la soupe primitive orange que c’est comme s’ils, elle et lui, lui et elle, n’avaient jamais été.

samedi 3 octobre 2015

BEATA MARIA VIRGO

Photo Il bar di Donna sur Facebook
Il n'est pas exclu que nous ayons ici une image du retour de, soi-même, la Sainte Vierge, la Bonne Mère, la Madone, qui pour avoir été moultes fois chicanée quant à la sauvegarde et préservation de son merveilleux hymen, non seulement  ante partum mais in partu et post partum, comme obligeamment nous en informe notre sainte mère l'Église, aurait souhaité s'offrir à une vérification gynécologique dans les règles de l'art, et dans la belle lumière bleutée et mariale de ce vitrail. Et si la pudique position de sa jambe droite vient présentement dérober l'objet, non pas du délit, ni du désir, mais de l'exploit, ce ne saurait être que dans l'attente des  examinateurs agréés et missionnés auxquels la jambe gauche très haut levée a tout l'air de faire signe, non sans quelque impatience, sans doute, car si ces savants messieurs, assistés de deux ou trois matrones, mettaient trop de délai à leur déplacement sur site, sait-son jamais si la Bonne Mère ne nous fera pas le coup, abaissant cette jambe levée, et s'écartant largement, comme il sied dans ces cas-là, de bientôt propulser, 2000 ans après son premier, un nouveau nouveau-né? Et pourquoi pas un autre, et puis un autre, et puis un autre, et encore un autre, et ça continue, comme, dit le poète, "la Bérécynthienne ... joyeuse d'avoir enfanté tant de dieux"? Quant à ces messieurs du Vatican, flanqués de leurs docteurs ès monothéisme, ils n'auront qu'à se dépatouiller avec la championne vers les seins gonflés de laquelle nous verrons bientôt ramper, garçons et filles, et piaillant et se chamaillant quelque peu, une bonne douzaine de bambini. 




jeudi 1 octobre 2015

J'ARRÊTE LE PROGRÈS !

         J'ARRÊTE LE PROGRÈS ! 
Oui, moi, personnellement, ça se passait hier 30 octobre sur ventscontraires.net, le site collaboratif du Théâtre du Rond-Point.
http://www.ventscontraires.net/article.cfm/15433_j_arrete_le_progres_.html


                              J’arrête le progrès !



J’ai décidé d’arrêter le Progrès ! A moi tout seul, c’est urgent, c’est une question de salubrité publique. Ils sont tant qui en parlent sans avoir jamais rien fait, eh bien moi, si ! L’idéal ce serait sans doute, m’avançant fièrement, lui barrant la route, de lui annoncer que, Progrès, au nom de la Loi je t’arrête ! Et si tu n’obtempères pas je … Sauf qu’à procéder ainsi, je risque de le voir continuer tout droit, buté comme il est, sans ralentir, sans dévier d’un chouia, et je vais me faire renverser mais alors, grave … Encore heureux si je ne me retrouve pas aplati à même le macadam par ce rouleau compresseur sans état d’âme, mais aplati comme on n’a pas idée, jusqu’à ne plus représenter qu’une sorte de, comment dire, film ? De film si parfaitement appliqué à la chaussée qu’il lui est, que je lui suis consubstantiel, et comme si de rien n’était, loin de s’être interrompu le trafic continue de plus belle, quand je dis de plus belle c’est que, m’est avis, ça roule mieux que jamais, tous les véhicules, à deux ou quatre roues ou davantage, sensiblement plus véloces grâce à moi, à mon revêtement, à mon film, lequel s’est propagé tout du long et jamais la circulation n’aura été aussi aisée, aussi fluide, sans parler des bruits de roulement qui sont, si je tends l’oreille, si j’en avais encore une pour la tendre, merveilleusement amortis. Et cela s’appelle, et je n’y suis pas pour rien, moi qui d’apparence ne suis plus grand chose, cela s’appelle le Progrès !

mardi 29 septembre 2015

EMMANUEL EMMANUELLE

Page Facebook de Denis Jeannet
"Marions-les, marions-les, je crois qu'ils se ressemblent. Marions-les, marions-les, ils seront très heureux ensemble" ...
Parce que sir Emmanuel, si joli,  si chic, si libéral, lui non plus ne cache rien : 
    "Il faut qu'il y ait des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires". 
    "Enrichissez-vous!", disait déjà Guizot, l'homme fort de la monarchie de Juillet. 
     Money Money Money
     Greed is good 
     Greed is God 
     et Emmanuel 
     est son prophète.

dimanche 27 septembre 2015

UN BALCON A VENISE

Sans doute aura-t-on déjà reconnu sur ce document le fameux Marcel Proust, qui fuyant la légion de ses fans n'a pas trouvé mieux que d'aller se planquer à Venise, scrutant d'un oeil inquiet, du fond de son fauteuil de rotin, les escadrilles de gondoles qui, dès qu'il sera repéré, cingleront vers son hôtel, et ce sera l'assaut des innombrables proustiens et plus encore proustiennes, bien plus dangereusement excitées peut-être que leurs collègues masculins, tant et si bien qu'à peine auront-elles franchi la balustrade, nous les verrons tomber sur leur dieu qui en cinq sec sera dépouillé de son melon, de son veston, de son plastron, de ses bottines, de ses boutons de manchette - heureux s'il réussit à sauver les poils de sa moustache ! -, et laissé tout pantelant sur le plancher du balcon cependant que dans les diffluentes gondoles ses adoratrices serrent sur leur sein une relique, bordure du chapeau ou manche de la chemise, et que déjà le grand homme, encore commotionné, s'est laissé retomber en caleçon, tout de ce qui lui reste de sa vêture, sur le fauteuil de rotin pour, se faisant de ses genoux un écritoire, entreprendre le récit de l'épisode qui cent cinquante pages plus loin, à la lueur dorée de la lune, ou rouge de la super-lune s'il y a éclipse spéciale, se poursuivra sous la plume fébrile du maestro, entrecoupé de descriptions en veux-tu en voilà et de considérations sur l'histoire troublée de la Sérénissime et les abîmes du coeur féminin.

vendredi 25 septembre 2015

VW

Entouré d'un cercle d'amis choisis, très chic dans leurs uniformes, et arborant comme lui l'insigne du club, ce civil en costume anthracite ne cache pas sa joie à la vue de son cadeau d'anniversaire, que lui présente un ingénieur : le modèle réduit d'une automobile affectant la forme sympathique d'une coccinelle! Sans doute notre homme se voit-il déjà au volant de cette bête à bon Dieu motorisée, roulant à fond la caisse, émettant et expédiant dans l'atmosphère, qui n'en demandait pas tant, un formidable nuage de particules telles que CO2, NOx, PM10 / 2,5 / 1,0 / 0,1 et peut-être même,  pourquoi pas,  pour compléter ce fabuleux bouquet, peut-être même, en sus, en prime, du HCN, alias acide cyanhydrique, plus connu sous le nom de Zyklon B? Et le bonhomme rit de plaisir à l'idée de laisser après soi une énorme, toujours plus énorme nuée, née du pot d'échappement de sa bagnole et montant dans le ciel puis retombant ici ou là pour envahir, portée par des vents judicieux, les alvéoles pulmonaires de quelques millions de malheureux secoués de quintes et de spasmes avant d'étouffer et de s'écrouler en tas, cependant que la coccinelle roule, roule, roule pleins gaz  sur l'Autobahn,


mercredi 23 septembre 2015

ÂMES DU PURGATOIRE

Les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs, écrit Baudelaire. Et les Âmes délaissées du Purgatoire, donc,  si de toute urgence une flopée de messes ne sont pas dites pour intercéder en leur faveur ? Mal aimées des vivants, qui ne songent qu'à leurs travaux ou leurs plaisirs, elles courent le risque, ces âmes-là, de rester clouées dans un Purgatoire qui, pour rigoureux qu'il fût, aurait pu, aurait dû n'être que l'antichambre du délicieux Paradis où les attendaient en grand arroi le Père, le Fils, le Saint-Esprit, la Bonne Vierge, les anges, les archanges, les angelots, les saints, les bienheureux, toute la céleste smala. Même, désabusées, désespérées, comme un suicidant se défenestre elles seraient capables, ces âmes délaissées, de se jeter en Enfer pour aller brûler ou geler, c'est selon, dans ces espaces désolés : tout plutôt que,  dirait l'auteur du Procès, cet atermoiement illimité où les voue notre indifférence, car il est rien moins qu'assuré qu'au jour du Jugement ces bonnes gens de la Sainte Trinité s'emploient sérieusement à chercher, dans l'énorme amas des dossiers en souffrance, des pièces décisives, peut-être, mais sur lesquelles personne, absolument personne n'aura, ici-bas, attiré leur attention, malheureusement diffuse, vague, incertaine : l'Esprit-Saint volette de-ci de-là ; le Père gémit ou somnole sous le poids des ans ; le Fils fait le mariole ; la Madone s'afflige in petto d'être restée confite en son état virginal. Et dans ces conditions, tout bien pesé, nous irions presque jusqu'à  suggérer aux Âmes délaissées du Purgatoire de prendre leur mal en patience, quitte à se résoudre à voir dans ce lieu ambigu, qu'elles ne croyaient qu'une étape, leur éternel séjour







samedi 19 septembre 2015

LE BENÊT DE L'ANNÉE

Vieille tradition enfin remise à l'honneur, dans ce village des Cornouailles, la présentation cérémonielle et solennelle du Benêt de l'Année! Le voici donc, affublé de tous les simulacres d'une royauté fantoche, la cape, la couronne, le sceptre, et rituellement encadré par un Parrain et une Marraine, celui-là en grand uniforme carnavalesque, celle-ci, selon l'usage ancestral, tout de blanc vêtue, en signe d'une pureté  que le Benêt, salué par le mugissement des bovidés, aura mission d'outrager dans la paille d'une grange, tout en recevant de la main de son Parrain, usant du sceptre pour badine, vingt cinq coups sur son postérieur à découvert. Viendront alors, avec leurs débordements inévitables, les joyeuses agapes villageoises, sous la présidence du Benêt bientôt tout à fait ivre.  Et peut-être, tard dans la nuit, si les rites vont à leur terme, le Benêt sera-t-il entraîné vers les Grands Marécages, à quelque distance du village, quitte, s'il ne sait se dépêtrer de leurs sols spongieux, à s'y voir avalé en silence, comme pour mieux favoriser l'oubli général de la Journée du Benêt, en attendant la présentation de son successeur l'an prochain.


jeudi 17 septembre 2015

LES DEUX MARIS

                                                        Deux bons maris
                                  Au demeurant parfaits amis
                       Et fort soucieux de la pudeur de leurs moitiés,
                             Les ayant mignonnement empaquetées 
                     Dans les mille et un plis d’un large voile noir,
                              Se croyaient à l'abri des déboires.
                          Las! En public tout soudain apparues
                            Les voici qui sous les spots demi-nues
                                    Et en toute franchise
                                  Sans honte et sans remords
                                   Affichent sur leurs corps
                                     D’insolentes devises ! 
                              Ce que voyant, les deux maris, 
                                                  Ahuris,
        En chemise et bonnet de nuit
                                        Ayant dûment délibéré
                                        Convinrent de les répudier
                              Et se jurèrent qu’ils allaient, pour époux,
                                    -  Dût-on vouloir le leur défendre     
                                Et dans la tête leur chercher des poux  
                           Ou la soumettre à l’art du lancer de cailloux, -
                                L’un l’autre immédiatement se prendre.
               

                                                                                             
                       
   
                                        

mardi 15 septembre 2015

LE VOL

Ces gentils ados pleins d'empathie ont convié à jouer avec eux, dans la piscine de la résidence, ce pauvre bougre qui en guise de bermuda, tenue de bain obligée de cette moutonnière classe d'âge, n'a pu faire mieux que de se nouer à la diable autour des hanches un méchant lambeau de tissu d'une blancheur douteuse. Sa gestuelle, peu orthodoxe dans le cadre d'un jeu de ballon, ne suggère que trop que loin de  relancer cet objet il serait bien capable, le voyant arriver sur lui, de s'y cramponner comme à  quelque support perdu, et qui lui manque, et c'est alors qu'à la surprise générale le ballon, entre les bras du pauvre hère, pourrait se mettre à grossir, grossir, grossir, comme gonflé par un souffle invisible, et soudainement s'envoler en emportant avec lui l'invité spécial, devenu, d'aquatique, aérien, voire céleste pour peu qu'il en soit déjà à s'absorber dans le ciel bleu, très haut au-dessus des ados mains en visière et puis bras ballants, tout déconfits autant qu'ébaubis de ce vol.

dimanche 13 septembre 2015

HÄR ÄR JAG ! VAR ÄR DU ?

Facebook  Signalétique Nils Detournay


jeudi 10 septembre 2015

LE CRÉATEUR

Plafond de la Sixtine, Jéhovah, by Michel-Ange
Désireux de se donner un peu de bon temps après les efforts exorbitants de la Création de l'Homme, le Tout Puissant, ou qui se croyait tel, a voulu s'offrir une petite croisière aérienne, sans conséquence, croyait-il, sauf qu'ayant par trop présumé de ses forces, le pauvre bougre  soudainement décrocha, et parti en vrille, sans du tout réussir à reprendre de la hauteur, encore moins à regagner ses célestes pénates, il a chu : et voyez-le qui a roulé dans le caniveau où présentement il gît, n'ayant sauvé de sa majesté que sa grosse barbe floconneuse, emphatique attribut patriarcal cruellement démenti par sa virilité en berne, sous le capuchon rouge, et maintenant pour oublier il boit,  jurant, mais un peu tard, honteux et confus comme le corbeau de la fable, qu'on ne l'y prendra plus. 

mercredi 9 septembre 2015

BEAU COMME



BEAU comme la rencontre
du PLUG géant de Paul McCartney
 et du VAGIN royal d'Anish Kapoor
 sous l'oeil écarquillé de Fleur     Pellerin

mardi 8 septembre 2015

L'AUGMENTATION

Son patron vient de crier "Entrez!", mais cet employé se tâte, il a très peur que la porte monumentale ne soit la plus dissuasive réponse à son dessein, entrant dans le bureau du big boss, de solliciter une ... augmentation! Quand la voici, l'augmentation, car hier encore, il en est sûr, cette porte n'était pas telle, qui durant la nuit aura grandi dans des proportions effarantes, tout comme, pourquoi pas, s'il osait pousser le battant, la personne physique du boss qui se dressant derrière sa table de travail immense, aura tout de l'allure de quelque géant mythologique, en costume trois pièces, sans doute, mais par simple concession au goût du jour, quand peut-être, à l'inverse, allant vers cet homme énorme il va, lui, rapetisser, et plus il rapetisse, plus son patron grandit, grossit, au point que d'un bond notre tout petit employé pourrait sauter telle une puce pour se retrouver à l'aise et cosy dans la vaste poche du veston du patron, et s'y prélasser, s'y endormir, non sans représenter, chose curieuse, par le seul fait de son occulte présence, un principe, comment dire, d'ébranlement ? Pour peu que désertant la clôture de son bureau l'Homme, en effet, octroyons-lui la majuscule, se soit mis à marcher à grands pas, à pas immenses à travers la campagne, secouant le sol et secouant le petit homme, ou plutôt le berçant, dans son hamac intérieur, lui occasionnant cet imperceptible mouvement pendulaire qui, à son tour, sans doute, meut celui qui le porte et le pousse et le force à marcher, à marcher sans trêve à travers la campagne infinie dont son large pied fait trembler les sols.