Géronimots XXI

jeudi 1 octobre 2015

J'ARRÊTE LE PROGRÈS !

         J'ARRÊTE LE PROGRÈS ! 
Oui, moi, personnellement, ça se passait hier 30 octobre sur ventscontraires.net, le site collaboratif du Théâtre du Rond-Point.
http://www.ventscontraires.net/article.cfm/15433_j_arrete_le_progres_.html


                              J’arrête le progrès !



J’ai décidé d’arrêter le Progrès ! A moi tout seul, c’est urgent, c’est une question de salubrité publique. Ils sont tant qui en parlent sans avoir jamais rien fait, eh bien moi, si ! L’idéal ce serait sans doute, m’avançant fièrement, lui barrant la route, de lui annoncer que, Progrès, au nom de la Loi je t’arrête ! Et si tu n’obtempères pas je … Sauf qu’à procéder ainsi, je risque de le voir continuer tout droit, buté comme il est, sans ralentir, sans dévier d’un chouia, et je vais me faire renverser mais alors, grave … Encore heureux si je ne me retrouve pas aplati à même le macadam par ce rouleau compresseur sans état d’âme, mais aplati comme on n’a pas idée, jusqu’à ne plus représenter qu’une sorte de, comment dire, film ? De film si parfaitement appliqué à la chaussée qu’il lui est, que je lui suis consubstantiel, et comme si de rien n’était, loin de s’être interrompu le trafic continue de plus belle, quand je dis de plus belle c’est que, m’est avis, ça roule mieux que jamais, tous les véhicules, à deux ou quatre roues ou davantage, sensiblement plus véloces grâce à moi, à mon revêtement, à mon film, lequel s’est propagé tout du long et jamais la circulation n’aura été aussi aisée, aussi fluide, sans parler des bruits de roulement qui sont, si je tends l’oreille, si j’en avais encore une pour la tendre, merveilleusement amortis. Et cela s’appelle, et je n’y suis pas pour rien, moi qui d’apparence ne suis plus grand chose, cela s’appelle le Progrès !

mardi 29 septembre 2015

EMMANUEL EMMANUELLE

Page Facebook de Denis Jeannet
"Marions-les, marions-les, je crois qu'ils se ressemblent. Marions-les, marions-les, ils seront très heureux ensemble" ...
Parce que sir Emmanuel, si joli,  si chic, si libéral, lui non plus ne cache rien : 
    "Il faut qu'il y ait des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires". 
    "Enrichissez-vous!", disait déjà Guizot, l'homme fort de la monarchie de Juillet. 
     Money Money Money
     Greed is good 
     Greed is God 
     et Emmanuel 
     est son prophète.

dimanche 27 septembre 2015

UN BALCON A VENISE

Sans doute aura-t-on déjà reconnu sur ce document le fameux Marcel Proust, qui fuyant la légion de ses fans n'a pas trouvé mieux que d'aller se planquer à Venise, scrutant d'un oeil inquiet, du fond de son fauteuil de rotin, les escadrilles de gondoles qui, dès qu'il sera repéré, cingleront vers son hôtel, et ce sera l'assaut des innombrables proustiens et plus encore proustiennes, bien plus dangereusement excitées peut-être que leurs collègues masculins, tant et si bien qu'à peine auront-elles franchi la balustrade, nous les verrons tomber sur leur dieu qui en cinq sec sera dépouillé de son melon, de son veston, de son plastron, de ses bottines, de ses boutons de manchette - heureux s'il réussit à sauver les poils de sa moustache ! -, et laissé tout pantelant sur le plancher du balcon cependant que dans les diffluentes gondoles ses adoratrices serrent sur leur sein une relique, bordure du chapeau ou manche de la chemise, et que déjà le grand homme, encore commotionné, s'est laissé retomber en caleçon, tout de ce qui lui reste de sa vêture, sur le fauteuil de rotin pour, se faisant de ses genoux un écritoire, entreprendre le récit de l'épisode qui cent cinquante pages plus loin, à la lueur dorée de la lune, ou rouge de la super-lune s'il y a éclipse spéciale, se poursuivra sous la plume fébrile du maestro, entrecoupé de descriptions en veux-tu en voilà et de considérations sur l'histoire troublée de la Sérénissime et les abîmes du coeur féminin.

vendredi 25 septembre 2015

VW

Entouré d'un cercle d'amis choisis, très chic dans leurs uniformes, et arborant comme lui l'insigne du club, ce civil en costume anthracite ne cache pas sa joie à la vue de son cadeau d'anniversaire, que lui présente un ingénieur : le modèle réduit d'une automobile affectant la forme sympathique d'une coccinelle! Sans doute notre homme se voit-il déjà au volant de cette bête à bon Dieu motorisée, roulant à fond la caisse, émettant et expédiant dans l'atmosphère, qui n'en demandait pas tant, un formidable nuage de particules telles que CO2, NOx, PM10 / 2,5 / 1,0 / 0,1 et peut-être même,  pourquoi pas,  pour compléter ce fabuleux bouquet, peut-être même, en sus, en prime, du HCN, alias acide cyanhydrique, plus connu sous le nom de Zyklon B? Et le bonhomme rit de plaisir à l'idée de laisser après soi une énorme, toujours plus énorme nuée, née du pot d'échappement de sa bagnole et montant dans le ciel puis retombant ici ou là pour envahir, portée par des vents judicieux, les alvéoles pulmonaires de quelques millions de malheureux secoués de quintes et de spasmes avant d'étouffer et de s'écrouler en tas, cependant que la coccinelle roule, roule, roule pleins gaz  sur l'Autobahn,


mercredi 23 septembre 2015

ÂMES DU PURGATOIRE

Les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs, écrit Baudelaire. Et les Âmes délaissées du Purgatoire, donc,  si de toute urgence une flopée de messes ne sont pas dites pour intercéder en leur faveur ? Mal aimées des vivants, qui ne songent qu'à leurs travaux ou leurs plaisirs, elles courent le risque, ces âmes-là, de rester clouées dans un Purgatoire qui, pour rigoureux qu'il fût, aurait pu, aurait dû n'être que l'antichambre du délicieux Paradis où les attendaient en grand arroi le Père, le Fils, le Saint-Esprit, la Bonne Vierge, les anges, les archanges, les angelots, les saints, les bienheureux, toute la céleste smala. Même, désabusées, désespérées, comme un suicidant se défenestre elles seraient capables, ces âmes délaissées, de se jeter en Enfer pour aller brûler ou geler, c'est selon, dans ces espaces désolés : tout plutôt que,  dirait l'auteur du Procès, cet atermoiement illimité où les voue notre indifférence, car il est rien moins qu'assuré qu'au jour du Jugement ces bonnes gens de la Sainte Trinité s'emploient sérieusement à chercher, dans l'énorme amas des dossiers en souffrance, des pièces décisives, peut-être, mais sur lesquelles personne, absolument personne n'aura, ici-bas, attiré leur attention, malheureusement diffuse, vague, incertaine : l'Esprit-Saint volette de-ci de-là ; le Père gémit ou somnole sous le poids des ans ; le Fils fait le mariole ; la Madone s'afflige in petto d'être restée confite en son état virginal. Et dans ces conditions, tout bien pesé, nous irions presque jusqu'à  suggérer aux Âmes délaissées du Purgatoire de prendre leur mal en patience, quitte à se résoudre à voir dans ce lieu ambigu, qu'elles ne croyaient qu'une étape, leur éternel séjour







samedi 19 septembre 2015

LE BENÊT DE L'ANNÉE

Vieille tradition enfin remise à l'honneur, dans ce village des Cornouailles, la présentation cérémonielle et solennelle du Benêt de l'Année! Le voici donc, affublé de tous les simulacres d'une royauté fantoche, la cape, la couronne, le sceptre, et rituellement encadré par un Parrain et une Marraine, celui-là en grand uniforme carnavalesque, celle-ci, selon l'usage ancestral, tout de blanc vêtue, en signe d'une pureté  que le Benêt, salué par le mugissement des bovidés, aura mission d'outrager dans la paille d'une grange, tout en recevant de la main de son Parrain, usant du sceptre pour badine, vingt cinq coups sur son postérieur à découvert. Viendront alors, avec leurs débordements inévitables, les joyeuses agapes villageoises, sous la présidence du Benêt bientôt tout à fait ivre.  Et peut-être, tard dans la nuit, si les rites vont à leur terme, le Benêt sera-t-il entraîné vers les Grands Marécages, à quelque distance du village, quitte, s'il ne sait se dépêtrer de leurs sols spongieux, à s'y voir avalé en silence, comme pour mieux favoriser l'oubli général de la Journée du Benêt, en attendant la présentation de son successeur l'an prochain.


jeudi 17 septembre 2015

LES DEUX MARIS

                                                        Deux bons maris
                                  Au demeurant parfaits amis
                       Et fort soucieux de la pudeur de leurs moitiés,
                             Les ayant mignonnement empaquetées 
                     Dans les mille et un plis d’un large voile noir,
                              Se croyaient à l'abri des déboires.
                          Las! En public tout soudain apparues
                            Les voici qui sous les spots demi-nues
                                    Et en toute franchise
                                  Sans honte et sans remords
                                   Affichent sur leurs corps
                                     D’insolentes devises ! 
                              Ce que voyant, les deux maris, 
                                                  Ahuris,
        En chemise et bonnet de nuit
                                        Ayant dûment délibéré
                                        Convinrent de les répudier
                              Et se jurèrent qu’ils allaient, pour époux,
                                    -  Dût-on vouloir le leur défendre     
                                Et dans la tête leur chercher des poux  
                           Ou la soumettre à l’art du lancer de cailloux, -
                                L’un l’autre immédiatement se prendre.
               

                                                                                             
                       
   
                                        

mardi 15 septembre 2015

LE VOL

Ces gentils ados pleins d'empathie ont convié à jouer avec eux, dans la piscine de la résidence, ce pauvre bougre qui en guise de bermuda, tenue de bain obligée de cette moutonnière classe d'âge, n'a pu faire mieux que de se nouer à la diable autour des hanches un méchant lambeau de tissu d'une blancheur douteuse. Sa gestuelle, peu orthodoxe dans le cadre d'un jeu de ballon, ne suggère que trop que loin de  relancer cet objet il serait bien capable, le voyant arriver sur lui, de s'y cramponner comme à  quelque support perdu, et qui lui manque, et c'est alors qu'à la surprise générale le ballon, entre les bras du pauvre hère, pourrait se mettre à grossir, grossir, grossir, comme gonflé par un souffle invisible, et soudainement s'envoler en emportant avec lui l'invité spécial, devenu, d'aquatique, aérien, voire céleste pour peu qu'il en soit déjà à s'absorber dans le ciel bleu, très haut au-dessus des ados mains en visière et puis bras ballants, tout déconfits autant qu'ébaubis de ce vol.

dimanche 13 septembre 2015

HÄR ÄR JAG ! VAR ÄR DU ?

Facebook  Signalétique Nils Detournay


jeudi 10 septembre 2015

LE CRÉATEUR

Plafond de la Sixtine, Jéhovah, by Michel-Ange
Désireux de se donner un peu de bon temps après les efforts exorbitants de la Création de l'Homme, le Tout Puissant, ou qui se croyait tel, a voulu s'offrir une petite croisière aérienne, sans conséquence, croyait-il, sauf qu'ayant par trop présumé de ses forces, le pauvre bougre  soudainement décrocha, et parti en vrille, sans du tout réussir à reprendre de la hauteur, encore moins à regagner ses célestes pénates, il a chu : et voyez-le qui a roulé dans le caniveau où présentement il gît, n'ayant sauvé de sa majesté que sa grosse barbe floconneuse, emphatique attribut patriarcal cruellement démenti par sa virilité en berne, sous le capuchon rouge, et maintenant pour oublier il boit,  jurant, mais un peu tard, honteux et confus comme le corbeau de la fable, qu'on ne l'y prendra plus. 

mercredi 9 septembre 2015

BEAU COMME



BEAU comme la rencontre
du PLUG géant de Paul McCartney
 et du VAGIN royal d'Anish Kapoor
 sous l'oeil écarquillé de Fleur     Pellerin

mardi 8 septembre 2015

L'AUGMENTATION

Son patron vient de crier "Entrez!", mais cet employé se tâte, il a très peur que la porte monumentale ne soit la plus dissuasive réponse à son dessein, entrant dans le bureau du big boss, de solliciter une ... augmentation! Quand la voici, l'augmentation, car hier encore, il en est sûr, cette porte n'était pas telle, qui durant la nuit aura grandi dans des proportions effarantes, tout comme, pourquoi pas, s'il osait pousser le battant, la personne physique du boss qui se dressant derrière sa table de travail immense, aura tout de l'allure de quelque géant mythologique, en costume trois pièces, sans doute, mais par simple concession au goût du jour, quand peut-être, à l'inverse, allant vers cet homme énorme il va, lui, rapetisser, et plus il rapetisse, plus son patron grandit, grossit, au point que d'un bond notre tout petit employé pourrait sauter telle une puce pour se retrouver à l'aise et cosy dans la vaste poche du veston du patron, et s'y prélasser, s'y endormir, non sans représenter, chose curieuse, par le seul fait de son occulte présence, un principe, comment dire, d'ébranlement ? Pour peu que désertant la clôture de son bureau l'Homme, en effet, octroyons-lui la majuscule, se soit mis à marcher à grands pas, à pas immenses à travers la campagne, secouant le sol et secouant le petit homme, ou plutôt le berçant, dans son hamac intérieur, lui occasionnant cet imperceptible mouvement pendulaire qui, à son tour, sans doute, meut celui qui le porte et le pousse et le force à marcher, à marcher sans trêve à travers la campagne infinie dont son large pied fait trembler les sols.


dimanche 6 septembre 2015

ADOPTEUNMEC.COM

Cette dame mature avait cru bon de chercher, non pas un coup d'un soir, mais l'homme de sa vie sur AdopteUnMec.com, et  maintenant elle fait la gueule aux côtés de sa recrue, cet énorme gaillard hirsute, dépenaillé, sorte d'hercule de foire qu'elle n'a pas trouvé mieux que de traîner dans cette réunion mondaine où le bougre, évidemment, détone au sein d'une assistance où le costard-cravate est roi, et la mine sévère de rigueur. Tant et si bien qu'il n'y aurait rien d'étonnant si le service d'ordre, sur un signe discret des organisateurs du raout, évacuait vers les coulisses l'énorme et difforme bonhomme, ou s'y essayait, confronté aux difficultés du remuement d'une si colossale masse, et à la fureur de la bonne dame qui s'avisant qu'on prétend lui enlever ce fiancé, alors même qu'elle n'était plus très loin, tout à l'heure, de se repentir de son choix, la voici qui véritable harpie, telle une Phèdre, telle une  Hermione, désespérément s'accroche et s'agrippe à cet amant pour, à défaut de son corps monstrueux, garder au moins de ce Falstaff ne fût-ce qu'un lambeau de sa chemise pour, dans l'intimité de sa chambre, jetée tout en pleurs sur son lit, follement baiser cette relique et se la frotter longtemps entre ses vieilles cuisses flétries.

vendredi 4 septembre 2015

LA DORMEUSE DU MONDE

(A la une du même Monde, ce même 4 septembre 2015, dans une attitude comparable, la photo-choc du petit migrant noyé Aylan Kurdi. Sac Gucci modèle Dionysus 1600 euros).
Le Monde Vendredi 4 septembre 2015 page 5

Une femme jeune, bouche ouverte, tête nue, 
Et le bras droit posé sur le doux sable gris,
Dort ; son parfum Dior fait palpiter sa narine. 
Elle dort dans le soleil, la main sur son sac 
Gucci. Elle a mis son blé dans un paradis.

mercredi 2 septembre 2015

BOAT PEOPLE

Entassés sur cette barcasse insalubre, à la coque mangée de rouille, ces migrants cherchent à gagner nos rivages, et pour ce faire ils n'ont pas hésité à hisser à la poupe de leur misérable esquif le drapeau tricolore, dans l'espérance qu'une ruse aussi naïve aura de quoi duper nos gardes-côtes. Même, siégeant à l'avant de la nef, derrière un passeur costaud, cet homme à l'air faraud, presque trop soucieux d'être propre sur lui, a cru bon de se mettre en veston-cravate ; quant à la migrante établie dans son dos, voyez-la qui se pavane en tailleur-pantalon crème! Vaines coquetteries pour peu que leurs deux passeurs aient déjà décidé de conduire tout ce petit monde, non pas au pays des droits de l'homme, mais, comme le Northumberland mena Napoléon déchu sur le rocher de Sainte-Hélène, vers quelque îlot perdu au milieu de ces eaux plombées et grises, dont rien ne garantit que la triste cohorte puisse revenir jamais.

lundi 31 août 2015

ANGOTHÉRAPIE


(J'avais écrit écrit ce petit texte, mis en lignes en 2015, après la parution en 2012 d'Une semaine de vacances, d'une dame Angot, attelée à la difficile succession de la diva Duras, tout comme à celle du mage Hugo le triomphal et farcesque Houellebecq : un tandem très contemporain qui aux yeux de celles et ceux qui ont des aptitudes à jouir dans la position du soumissionnaire, honore la France.
Revoici donc Angothérapie, au lendemain, dans un tout autre genre, de la prestation télévisuelle surjouée de la même Angot, le 23 mars,  "invitée surprise" et procureure farouche, sans beaucoup de danger, du candidat de la droite à l'aise dans ses costumes et empêtré dans ses affaires.)
Récemment publié sous le chef fourre-tout de "roman", Une semaine de vacances, de Christine Angot, narre par le menu l'inceste père-fille dont elle et/ou son double de papier fut ou furent victimes. Goûtant ou non les salaces détails ("Il est assis sur la lunette en bois blanc des toilettes (...) Il sort de son papier une tranche de jambon blanc qu'ils ont achetée à la supérette du village, et la place sur son sexe" - le sien, du papa, "il bande"), on prêtera ou non l'oreille au bruit qui courut bientôt le tout Saint-Germain-des-Prés : la prolifique auteure allait se vouer à la confection d'un grand récit : Huit jours à la campagne, pour remonter au prix d'une éprouvante anamnèse à son inceste originel et fondateur, dont celui avec le père n'était qu'un pâle succédané : l'inceste avec le grand-père ! Les séquences les plus fortes devraient avoir pour site la petite porcherie de la ferme familiale, le cochon opinant du groin aux ébats menés avec brio à même sa litière – d'où le néologisme de Litièrature, envisagé par l'auteure, pour dire la force de rupture de sa féminine écriture. Mais ce n'est pas tout : des confidences d'après-boire, soutirées à l'audacieuse écrivaine, suggèrent que viendront d'autres horribles travailleurs, et plus précisément : un petit-fils Angot qui vers 2040, accédant à la puberté, aura à s'escrimer sur une aïeule si possible en partance pour un prix Nobel saluant le don réitéré et transgénérationnel de son corps de femme à sa famille biologique et, par-delà, à la grande famille du Livre.

mardi 25 août 2015

L'OEUF


Lointaine anticipation (?) des Oiseaux d’Alfred Hitchcock, nous voyons ici une jeune fille, possiblement vierge, recevoir la visite inopinée d’un personnage dont les traits et les aspects humains ne sauraient faire oublier cette belle paire d’ailes, dûment ancrées dans son dos, attestant ses facultés aéronautiques et suggérant un atterrissage tout récent. Et rien ne dit que le volatile ambigu, pointant  une patte griffue vers la demoiselle visiblement apeurée, ne l’a pas déjà invitée à quelque embarquement immédiat, la jetant et l’assujettissant sur son dos, entre les deux puisantes ailes, et l'emportant dans la nue, comme Zeus changé en aigle enleva Ganymède, jusqu’à quelque repaire incroyablement haut perché où la soumettre à ses désirs, moins peut-être à des fins récréatives que reproductives ? Tant et si bien que d’entre les cuisses de sa partenaire pourrait bientôt tomber quelque gros œuf, dégringolant des formidables hauteurs, et grossissant toujours, pour atterrir enfin sur le sol dur  d’une plaine immense où il éclate aussitôt, tel sera le choc, libérant, comme une capsule spatiale venue d’ailleurs, l’étrange attelage d’un homme jeune, quasi nu, et d’une longue poutre double qu’il porte sur son dos, à peine sonné ou commotionné puisqu’il s’est déjà mis en route, ployé sous le poids de son lourd fardeau, vers certaine lointaine colline pour, s’il y atteint jamais, en gravir si lentement la pente, comme un tapis roulant dans le sens opposé à sa marche, que nous en venons à craindre que le sommet ne reste vierge de l’empreinte de son pied nu et de la marque de la pièce de bois dont il sera l’éternel convoyeur.

lundi 17 août 2015

MA FEMME EST JALOUSE sur ventscontraires.net 14 août

Ma femme est jalouse

Ma femme est jalouse, mortellement jalouse, non seulement de toutes ces femmes dont mon donjuanisme effréné a déjà fait la conquête, comme en témoignent mes tiroirs débordant de leurs lettres d'amour, mais aussi, et cette jalousie prospective l'obsède tout autant, de celles, peut-être encore plus nombreuses, que ma séduction extraordinaire et mon ascendant inouï vont fatalement aimanter dans les mois, les années, les décennies à venir. J'ai beau lui dire que je n'aime qu'elle, que je ne pense qu'à elle, mon passé ne plaide pas en ma faveur, où c'est à bon droit qu'elle pourrait lire l'augure d'un futur aggravé, car s'agissant du présent, si ça peut la rassurer, c'est le calme plat, je ne possède ni même ne désire aucune, absolument aucune de ces femmes qu'il m'est donné de croiser tous les jours dans la rue ou de côtoyer au bureau, et pour être tout à fait franc, ma propre épouse, dont je viens d'évoquer la jalousie morbide, je ne l'ai pas touchée depuis, depuis je ne sais quand, je la vois comme une ombre, c'est comme si je ne la voyais pas, et d'ailleurs je ne suis pas tout à fait convaincu de sa réalité, il m'arrive même à certains moments de me demander si je ne suis pas, tout bonnement, solitaire, célibataire, quant à ces lettres que j'évoquais tout à l'heure, qui faisaient de ma chambre une amoureuse caverne d'Ali-Baba, où sont-elles? je ne les vois plus, j'ai beau passer la main dans mon tiroir qui serait vide si n'y subsistaient, tout au fond, quelques vieilles photos découpées dans des magazines spécialisés, et qui ne me font plus rien quand mon désoeuvrement les exhume.

mardi 11 août 2015

JAMAIS JE NE DÉMISS


La démission-surprise de Benoît XVI a fait couler beaucoup d’encre. Nous sommes heureux de pouvoir livrer à nos lecteurs quelques échantillons de ses tweets, envoyés depuis son compte personnel @pontifex, et … censurés illico sur ordre secret de plusieurs prélats de la Curie :
 J’en ai trop marre de mon job depuis que j’ai appris que Dieu est mort et que le pauvre Jésus n’a peut-être même pas existé. 
 Ras la mitre des gays du Vatican, surtout quand ils susurrent que j’en suis !
 Ça ne va pas fort sur terre, alors je vous annonce que le prochain conclave ne se fera pas en latin mais en desesperanto. 
  La Fille aînée de l’Église a un Président qui prône le mariage homo mais vit en concubinage avec une femme, c’est quoi ce bordel ? LOL
   J’ai embauché la Cicciolina pour tweeter avec elle à quatre mains et avoir davantage de followers que cette dingue de lady Gaga.
 Je suis Benoît, seizième du nom, et pas Louis, ils n’auront pas ma tête.
 On veut m’empêcher de tweeter, plutôt crever, j’aime trop ça.
       Et le tout dernier tweet de Benoît  … :
   Jamais je ne démiss

lundi 3 août 2015

rentreelitterairedautomne.fr

Tandis qu'homo estivalis ordinarius se gave de polars, si possible bien glauques, sur sa serviette de plage, au risque de la voir se poisser d'un sang lourd que toute l'eau de la mer ne saurait effacer, nos aoûtiens libraires avalent à grandes lampées professionnelles les quelque 600 romans incessamment apportés sur nos riants rivages par la déferlante vague qui  a nom rentrée littéraire d'automne ! Voici, hélas, comme ce cliché en témoigne, qu'ici ou là dans les coulisses des librairies une mystérieuse pathologie, comme le mildiou pour les légumes, le phylloxéra pour la vigne, la myxomatose pour les lapins, a déjà commencé de s'en prendre à l'amas de ces romans de la Rentrée qui, tassés sur cette symptomatique étagère elle-même en voie d'affaissement, deviennent spongieux, voire spongiformes, comme les vaches en proie à l'encéphalite, sans que rien, semble-t-il, ne puisse endiguer le mal. Il n'est même pas sûr qu'à soulever, d'une prudente main, les écroulements qui s'observent au pied de la triste étagère, nous n'ayons pas à faire la découverte macabre du libraire en personne, englué dans les productions, et si bien dévoré, à force d'enfouissement dans les romans automnaux, par l'invincible épidémie qu'à l'examen histologique nous verrions ses propres tissus suppléés, désormais, par la verdâtre moisissure livresque. 




vendredi 31 juillet 2015

RIFIFILLES - addenda aux 69 additifs de Proustissimots




RIFIFILLES  Altercation mettant aux prises deux ou plusieurs meufs.
L’apparente harmonie régnant au sein de la petite bande ne suffisait pas à me donner le change, et toujours je voyais le moment où l’une de mes quatre jeunes filles, invoquant quelque grief oublié, ou ne se donnant même pas cette peine, tomberait à bras raccourcis sur sa voisine, assise elle aussi sur leur banc attitré sur la digue, et une fois de plus, comme tous les jours, ou peu s’en faut, ce serait le rififilles ! Elles seraient bientôt toutes les quatre, Albertine, Andrée, Rosemonde, Gisèle, à se culbuter et à rouler à même le sol, se distribuant toute une gamme de horions, gifles, coups de pied, coups de griffes, cheveux tirés, morsures, n’hésitant pas à s’arracher leurs polos et leurs shorts, jusqu’à se retrouver non seulement englantées mais plus qu’à moitié à poil dans la poussière, insoucieuses d’exhiber une fesse ou un sein, configurant à toutes les quatre, bras et jambes emmêlés, une sorte de nœud agité de spasmes, tandis qu’au-dessus de cette hydre j’étais tel un arbitre mais entièrement ignorant des règles de leurs jeux enragés, incapable d’intervenir, tout à la fois épouvanté et fasciné, et m’attendant que sans rien perdre de sa violence l’hubris de leur lutte en vînt à dégénérer en une joute érotique où les cris de rage se changeraient en autant de gémissements et autres feulements, cherchant à déceler dans leur amas les gestes les plus obscènes, et ne sachant si j’espérais ou redoutais que ma grand-mère, dont les noirs jupons ne traînaient jamais bien loin, ne surgît soudain, clopinant de toute la force de ses antiques guibolles, et brandissant son ombrelle pour frapper à coups redoublés, comme un chasseur un nœud de vipères, le groupe convulsif de mes quatre ménades en proie, maintenant, à la vertueuse fureur  de cette mémé.

                    (30 juillet 2015 Addenda aux 69 additifs de Proustissimots  Éditions Champ Vallon 2013)

dimanche 26 juillet 2015

LA CAGE

Ce gros bambin joufflu vient d'obtenir la jouissance exclusive et privative de ce surplombant balcon où le voici présentement encagé, mais jusques à quand? Tant nous avons lieu de croire qu'il n'aura pas tardé de mettre à profit la situation pour, déjà volumineux à son entrée dans les lieux, s'employer à croître, croître, et nous verrons bientôt son corps dodu et expansé peser de toutes parts contre le grillage qui l'enclôt, et soudain en faire éclater les mailles et l'armature : et, de là, trop longtemps comprimé dans ce Lebensraum bien trop chiche pour lui, c'est avec une célérité inouïe qu'il va, pour ainsi dire sans effort, par un essor continu de son être, acquérir de telles dimensions et proportions que ... : mais avouons que nous serions bien en peine, non seulement d'évaluer sa croissance, mais de lui fixer des bornes, tout juste nous risquerons-nous à conjecturer qu'atteignant un certain seuil ce pourrait bien être, comme si l'enveloppe corporelle n'avait plus de quoi contenir la prodigieuse poussée interne, la soudaine  explosion, et tandis que les lambeaux résiduels volent dans l'espace peut-être verrons-nous le coeur, l'énorme coeur rouler sur le sol, rouler dans la pente, et hors d'haleine nous le poursuivons, nous sommes de plus en plus nombreux à le poursuivre qui, roulant et dévalant, grossit, grossit encore et toujours, grossit dans notre champ visuel sans qu'il nous soit donné, en dépit de nos efforts, nous aurions beau, par moments, réduire la distance, de jamais le rattraper.


vendredi 24 juillet 2015

AUX CHAMPS AU BUREAU

Alain Créhange in "En peinture Simone" Fage Édition
Huffington Post 7 juillet 2015
Les temps changent, comme nous le montrent les protocoles de ces deux rencontres amoureuses. Effarouchés de leur audace, ces paysans d'antan se sont donné un rendez-vous adultérin et crépusculaire en plein champ,  mais avant de basculer de concert sur la banquette arrière de la  dedeuche du Jeannot, qui vient d'opérer sa jonction avec la brouette de la Jacquotte, ils implorent  le pardon divin pour la peccamineuse étreinte. Quand, fort différemment, à peine Kevin entrait-il dans l'open space que Maeva, le renversant sur la moquette, se trémoussait furieusement sur lui, chaussé de baskets couleur de terre qui pourraient nous signifier qu'il est lointainement issu des oeuvres champêtres de la dedeuche, à moins qu'il ne soit tout bonnement l'avatar du paysan tout à la fois paillard et pieux, et sa partenaire celui de la pudique paysanne dont la lourde robe s'est  épurée en cette aimable jupette aux plis rectilignes restituant les sillons immémoriaux.

mardi 21 juillet 2015

COME BACK

Page Facebook Inkulte
Peut-être se souvient-on d'avoir lu ici ou là qu'un certain Jésus avait ou aurait fait démonstration d'une étonnante faculté amphibie, lui permettant, sous les vivats de la foule, de tout bonnement ... marcher sur l'eau! Vieille histoire, vaguement surannée, dont une intéressante variante contemporaine pourrait bien nous être donnée sur ce document où ce nageur, s'il, comme dit le poète, se pâme dans l'onde, cette onde-là ne sourd et ne procède que du battement rythmique de ses bras qui visiblement ont reçu pouvoir de fluidifier le bitume! Il en serait, ce bon Jésus, s'il voyait cet exploit symétrique au sien, tout simplement baba, à moins que justement ce ne soit lui qui, deux mille ans après son vieil exploit, se serait remis en piste à dessein d'un spectaculaire come back? Et nous le verrions ici à l'entraînement, sur cette départementale déserte, en attendant le grand jour où il se produira entre deux haies de spectateurs en liesse, plus qu'en aucun Tour de France, sous réserve que la vigueur de sa prodigieuse nage continue de triompher du bitume qui, l'attendant au tournant, pourrait finir, sait-on jamais, par se refermer sur lui et l'emporter dans ses épaisseurs sans laisser de lui, matérielle ou mémorielle, aucune trace.

dimanche 19 juillet 2015

PIP

Photo de Karmin Shiff sur Facebook
Cette plantureuse lady,  souriante démonstratrice de débordantes prothèses mammaires PIP (Poly Implant Prothese), se prête de bonne grâce à la visite surprise d'un Contrôleur Qualité senior, vêtu de probité candide et de lin blanc, tel le Booz du père Hugo, mais peut-être quelque peu suspect si l'on en juge par sa coiffe qui affecte, comme par hasard, la forme et l'aspect de ces prothèses mêmes qu'il a reçu mission de contrôler ... Quant à ces colifichets pectoraux dont si complaisamment il fait montre, ils n'ont pas de quoi nous rassurer, même prétendument reçus en récompense d'un professionnalisme qui, à nos yeux, reste douteux ... Et voilà comment les abus perdurent, les prothèses éclatent, les margoulins prospèrent à l'ombre des poitrines expansées.